Coup de coeur : Georges de Rivas

S'il est un ami, Georges de Rivas est avant tout un magnifique poète. Nous avons souhaité, avec son autorisation, reproduire ici quelques extraits de son oeuvre...

En bas de page, poème de G. de Rivas dit par Silvaine Arabo.

I  Didon s'adressant à Europe  (Orphée au rivage d'Evros)

Ô saluons encore ce roulement incessant du tonnerre qui honore ce soir l'envol d'un peuple de migrants et élevons nos cœurs sur l'autel de ce mystère tragique où le poète s'éprouve entre ciel et terre, au milieu des forces élémentaires de la foudre et de l'éclair, du tonnerre impérieux et de l'orage magnétique
Qui frappent à sa fenêtre comme si elles signaient la présence du dieu d'amour apposant le sceau de son baiser de feu sur la vitre embuée de ses yeux !
Et toi Europe qui tutoie le malheur du monde, élèveras-tu la voix sur ce rideau de larmes furtives, et quel refuge le forçat de l'exil trouvera-t-il sous ton toit?
Ô élèveras-tu ta plus belle voix par delà le rideau de fumées qui monte de tes       Capitales, élèveras-tu la haute voix de l'amour pour sauver, ô Muse de justice, ce radeau qui tangue et ressemble à celui de la Méduse ?



Que ton cœur de mère-océan s'enfle comme une voile immense sous le grand souffle descendu sur l'aile du vent solaire où chantent les psaumes d'univers
Et nous revienne alors la lumière d'or de ta noblesse native avec le sauvetage, ce soir de ce vaisseau- fantôme qui va sombrer en ces eaux de mer apatride !
Car depuis la Grèce imbue de pouvoir eupatride, longue sera ta route, longue à se dessiner l'heure de ta véritable grandeur
Et pour qui donc sonnait naguère le glas et l'hallali, ô terre promise d'Europe,
Quand saisis d' hypnose crépusculaire tes peuples marchant sur les roses et les lys des sables burent jusqu'à la lie le calice amer des guerres séculaires !


                                                         I


                               Paroles de Didon à Europe

                Extrait de l 'œuvre Orphée au rivage d'Evros


Mais ta promesse nous est délice et qui nous vient de la lumière délienne et court sur les landes et les bruyères de l'Irlande à la lyre celtique
Et ta promesse nous est délice qui court de Galice en Galicie et le songe nous est mystère d'amour voguant de Phénicie en quelque mer de félicité !

Mais demeureras-tu aphone, ô Rose d'amour polyphone dont le  chœur aux rives du futur en un rêve sublime obscurément rayonne
Resteras-tu longtemps aphone, Europe plongée en une nuit atone et descendue aux enfers comme Perséphone
Et ton retour sonnera-t-il comme l'hymne à la joie, ô Rose future de l'amour éclose dans l’œil d'un universel cyclone ?


Ô Toi pétrie d'amour millénaire, échapperas-tu aux filles de la Discorde et à l'enfer de Tisiphone vêtue d'une robe ensanglantée aux portes du Tartare
Et figure de proue du vaisseau de l'amour courant du Portugal à l'Oural,
Nous feras-tu vibrer encore la corde de nos âmes accortes et sororales ?
   


            II  Didon déplorant la perte de son amant Enée

Et je crierai l'éternité de ma fureur jusqu'à ce que revienne cette aube où à l'abri d'une pluie d'orage, la foudre du désir vint nous saisir tous deux au fond de cette grotte près de Carthage
Où nos deux corps unis sans partage mêlaient leurs souffles au bruit de la pluie et au souffle de l'orage, et nos cœurs n'étaient plus qu'un seul cœur,
Où nos deux cœurs unis, à l'abri de l'orage, mêlaient leur rythme unique à celui d'un âge plus antique qui scella le chiffre obscur du mystère érotique
Ô l'orgasme secouant nos corps transis de foudre convulsive qui dansaient au diapason des constellations lascives gouvernant notre passion !

Et n'étions-nous sourds à l' ancive impérieuse qui montait depuis le navire à quai, n'étions-nous pas heureux bercés par cette anse de mer où le feu de tes lèvres buvait mon sein avant qu'il me laissât pensive sur cette rive ?
Ô pâmoison divine, ô cris fantasques et jubilation des sens hors toute raison, oublierais-je jamais la ruine de cette passion au-delà du seuil de la mort ?
Ô pâmoison divine entre chair et lumière, ô saison de mon amour en ruine ma nuit d'amante délaissée s'est lassée d'attendre une improbable aurore,
Ô nuit où miroitent les étoiles murmurant les secrets d'amour et de mort !

Ô délices perdues de ton étreinte mâle, hissez la voile funèbre au plus haut mât du navire en fuite sur ces eaux virides, hissez la voile de mon hymen funeste au mât viril de l'amant qui a fui,
Et pourquoi a-t-il fallu que j'ouïsse encore le souffle de ses lèvres où murmurent  l'amour et la mort ?   

            

                                                  III


Oh élèverais-je encore ma plainte d'âme chantant l'antienne de l'éternel regret, mon cri d'âme veuve et saccagée implorant ton éternel remords et ton retour sur les degrés des cieux au lit de notre amour
Et n'aurais-je pas la rage de crier, ô infidèle amant, mon amertume de femme bafouée, de chair aimante tatouée par le feu de ton désir oublieux
Ton désir à jamais éteint lorsque ton navire en fuite sur ces virides et fouettées d'écume nouvelle fut soudain en vue des rivages de Cumes ?

Haute tempête de mon âme outragée, en cette nuit zébrée d'éclairs qui emporte les naufragés au fond des eaux, en ce tombeau de mer qui nous fut berceau
Le tonnerre habite la fureur de mes lèvres et entre révolte et  jalousie
J'ai oublie les doux échos des zéphyrs qui chantaient entre les zelliges d'or de mes palais où le miel du plaisir rêvait un ciel d'immatérielle Andalousie !

               

                                                          IV   

   
      III    Le Poète (Le naufrage des Migrants)

Ô vois-tu l’œil violet de la tempête contempler cet enfant emporté pareil à un œillet de poète parmi ces trombes sellées d'éclairs de la mer en fureur et ses mamelles laiteuses où semblent encore téter ces lèvres de rêveur noyé
Et toute l'amertume du malheur se mêler au rideau d'écume perlé de pleurs qui se meurt à ce rivage où fume la tristesse de cette brume matinale ?

Ô voiles de colombes ensanglantées au milieu des bombes, ô vol tragique de la Colombe au dessus de tous ces morts privée de tombes
Toi qui passes au dessus des foudres et des cendres de l'Histoire, vis-tu au cœur effaré de ces migrants qui ont fait naufrage à quelques encablures du rivage
Et sur leur tombe d'eau saline où règne une heure funèbre, sur leur fosse d'eaux malignes, suspendras-tu ce temps d'ignominie ayant pour lèvres l'infamie ?

Et sur la page blanche où l'âme insurgée du poète vient à pousser son cri, sur la page blanche où la poésie change parfois son cri en chant d'épopée lyrique, les mots une fois écrits déploieront-ils leurs ailes blanches hors de l'écrit, de la vision et du récit ?

Ô qui ne rêverait que la ferveur des mots vibrant des purs accents d'amour ne s'envolent, oiseaux de feu, de la page pour devenir des actes et changer la face sinistre de ces eaux
Des mots langés dans la soie des anges changés en voix du miracle, oracle à la lyre orphique qui du toucher de l'âme donneraient nouvelle vie aux naufragés !
Cesse de rougir, honte à nos fronts, cesse de blêmir ô disgrâce à nos cœurs en ce  jour où il n'y a pas assez de cercueils pour les noyés rejetés par Poséidon !


                                                              V


Ô don tragique de Poésie, née de l'écume de la douleur et des lames cruelles de Poséidon, à quelle passion se livre le dieu de la mer dans son ivresse mortelle,
A quelle intrigue hors de raison se voue le dieu au trident en cette livraison de corps humains d'où s'exhale l'ultime cri strident de l'âme de retour au berceau céleste de l'amour,
A quelle énigme, fille des ténèbres se livre Poséidon en cette nuit de l'espérance qui s'en va les lèvres closes cueillir la torche noyée de l'enfance parmi les closeries muettes des abysses
A quelle énigme cruelle est livré l'enfant supplicié en cette nuit où sa peau est à jamais tatouée des phénigmes de l'éclair levé comme  drapeau de l'âme du monde et semonce des cieux sur la cécité  des  hommes ?
Ô l'adieu déchirant de l'innocence à la Terre avant son retour à l'éther de la lumière, sa patrie éternelle !

Et en cette nuit qui blêmit au dernier râle d'un enfant, qui lèvera la voile de l'espoir sur ces eaux agitées où le sang des martyrs a bleui pour confondre leur douleur à la couleur de leur tombe ?

Oh saluons encore leur course de martyrs achevée sous le regard de l'ange de miséricorde qui se tenait à leur chevet
Et l'accueil de leurs cris parmi les dieux bienveillants peut-être de retour sous la houle qui chante dans le vent les noms des naufragés !
               
                    

                                                        VI


                      IV Le Chœur des Ombres Heureuses

Nous avons vu en songe la fille du roi Agénor agenouillée encore à ces rivages d'antique Phénicie,
Nous avons vu de nuit, ceinte de lauriers et couronnée d'illustre nom mythique, Europe, fille d'Agénor hisser la voile d'or d'un nouveau vaisseau entre la mer du Liban et la mer de Libye
Or il pleuvait dans ses yeux plus que les larmes de son corps car l'âme du monde lisait en leur miroir d'écume toute la détresse d'un frêle esquif naufragé
Elle pleurait, Princesse aux yeux d'or, toutes les larmes de son âme outragée par la mort de l' Enfant qui gisait sur la plage de Bodrum
Et l'amertume et la tristesse soulevaient sa poitrine au rythme de l'écume qui déferlait dans ce ressac imperturbable de mer inexorable !
                                               Le Poète

Nous avons vu passer les chevaux du deuil, les chevaux noirs de la mort qui volaient le mors au dents au dessus de la plage de Bodrum où le dragon surgi de haute mer embrasait soudain les nuées
Oh comme bavait aux fumées de leurs naseaux toute cette écume de mer cruelle  alors que ruisselait l'amertume des plus belles âmes de la terre pleurant la mort de cet enfant sur la plage de Bodrum,
Pleurant un être devenu proche qui reposait sur ce rivage de sable fin comme un calme et lumineux reproche !
Nous avons vu passer les crinières échevelées de la mort qui portaient le corps d'Ayral Kurdi, l'Enfant gisant sur la plage de Bodrum dont l’œil sidéré brillait tel le diamant dit Solitaire, et son cœur enchâssé dans un reliquaire de lumière chantait dans la langue vernaculaire de l'amour, entre la mer et les éthers !  
                                                  
                                             VII


Nous avons vu passer l'ouragan exulté des lunes noires arrachées au cosmos de l'amour ayant perdu mémoire des nombres et songes sidéraux
Puis hennir au cœur de ces vents lugubres, les chevaux de la mort soulevant les crinières du deuil aux confins où l'Europe dissipe le parfum de sa gloire !
Or les ténèbres qui clouaient le cercueil de l'Enfant n'ont pu fermer cet œil brillant comme un miroir où elles regardaient leur visage écumé d'effroi !

Ô Mer Egée au souffle léger des alizées, au souffle ardent des vents étésiens
Les Sept Saints dormants qui frappés du sceau légendaire de la Résurrection
Rêvèrent des siècles à tes rivages, ont-ils pour toujours sombré dans ce néant
Et quel dieu impassible trônant dans les palais amnésiques du firmament a-t-il jamais entendu les prières des mères et ces cris d'enfants naufragés ?

Ô Mer Egée, rivages qui virent passer tant d'épiques chevauchées, la gloire des armées d'Alexandre et Achille aux pieds légers
Et de plus loin Enée qui fuyant Troie en flammes portait son père Anchise de toutes les forces de son âme
Ô mer Egée combien d'âmes bercées au souffle léger de tes alizées, auras-tu vu franchir le gué de l'Evros et mourir dans tes eaux leur flamme insurgée
Toi qui as vu tournoyer au dessus de tes flots et chanter en un ultime sanglot la lyre d'Orphée jusqu'au rivage de Lesbos où dorment les rêves des naufragés ?
                                                  
                                                         
                                                VIII  

              
                 V  Le Poète évoque la figure de Didon

Nous avons vu au mât d'un vaisseau où le songe est vision, Europe consolant Didon,  reine de Carthage de l'abandon d' Enée soumis aux dieux de Rome
Nous avons entendu Europe qui invoquait le dieu d'Amour pour que renaisse ce pur rayon nuptial scellant sur ce vaisseau du songe voguant entre Carthage et l'Italie, l'union éternelle d'Enée et de Didon ! Or le regard de Didon, mi-endormie, fixant les côtes toutes proches de l'Italie  a soudain tressailli, et ses yeux célestes se sont posés sur un frêle esquif que la houle renversait !
Ô Reine de Carthage, tiens-toi très haute et fière comme la figure de proue du vaisseau de l'Afrique rejetée par l'Europe,
Comme l'icône de la beauté qui attisa le feu de la passion à ce rivage où tu te tenais à la proue du vaisseau de l'Amour
Ô cœur aimant, entends les cris stridents de la détresse, entends les cris du frêle esquif englouti par les flots aux abords de ce sinistre rivage
Oh tous ces sanglots de mère et d'enfants qui hantent le berceau du monde, le tombeau marin où l' Europe renie son message !

                           Didon s'adressant à Europe

Est-ce donc cela que tu voulais, Europe qui naquit aux rivages d'une mer bénie des dieux, est-ce ce songe que tu rêvas,
Ô Princesse dont je découvre soudain le  visage attristé naguère si lumineux, est-ce cela que tu voulais, Europe où j'ai toujours placé mon espérance ?
Ô Toi que je vois agenouillée au dessus des flots où perle une rosée de larmes amères jaillies de l'écume d'un tombeau de mer
Et seul lien, au sein de cette lugubre nuit, entre les rives de Carthage et d'Italie d'où monte une douleur inouïe, ce règne sans partage d'eaux sinistres naufrages !                                                 

                                                          IX


Ô mer terrible de Poséidon veux-tu faire pâlir le Styx, ô  mer horrible des noyés envoyés au fond des abysses  est-ce là ton idée fixe, et au tranchant aiguisé de tes lames est-il donc un sort plus cruel que celui qui frappa mon âme ?
Est-il une aube heureuse, possible et calme en ce cimetière de mon cœur, est-il une heure propice où des cendres de l'oubli rejaillirait tel le phénix, l'amour que j'ai connu avec celui qui eût pour nom Enée ?
Ô l'amant dont j'ai rêvé qu'il fût fidèle comme le divin Orphée, l'amant parfait, ô que n'ai-je revu, bref éclair, mon amour pareille à Eurydice ma sœur aînée ?
                    
Et seul lien entre ces deux rivages, un linceul de mer posé sur nos deux visages  et nos deux cœurs  unis qui s'aimèrent emportés tels deux soleils dans une profonde nuit !
Comme deux étoiles filantes vinrent à luire et s'évanouir dans le puits étoilé où plongent de nuit nos âmes et où un ange muet tisse le mystère de notre être voilé !

Deuxième Partie : Didon l'Africaine s'adressant à Europe

Et seul lien entre nos cœurs brisés et naufragés, ces eaux de mort, ce drame de l'exil sur ce navire d'infortune qui s'est englouti au large de la Sicile !
Ô Fille d'Agénor, Toi qui pleurais naguère sur le sort tragique des enfants d' Izieu, Toi qui m'ouvrais encore les yeux sur les crimes commis sous tes cieux,
Toi qui n'as pu les arracher aux serres de l'aigle infernal qui volait sur les ailes noires gammées de son sinistre emblème
Dis-nous si levés sur l'autel marin des martyrs au dessus de ces flots sombres, les enfants exilés de Syrie ou d'Afrique voient passer comme des ombres-sœurs devant leurs yeux voilés ces âmes d'enfants suppliciés sous le ciel d' Izieu
Et s'ils entendent d'autres sanglots en écho à leurs propres sanglots !  

 

                                                    X 

 
Ô sort tragique à jamais présent dans la mémoire de la Colombe, tu vis en nous comme une plaie ouverte sur l'âme du monde
Tu vis en nous tel un trou noir de l'univers où s'engouffre toute la matière de l'amour ou comme un trou béant dans le tissu de l'atmosphère
Tu vis en notre cœur comme à une heure funeste vit la douleur née d'une geste terrible de tueurs

Ô sort tragique à jamais présent dans la mémoire de la Colombe, L'enfant qui meurt ainsi noyé vit pour toujours dans le cœur des Justes
Et tu aimantes le cri d'amour monté au ciel sur les ailes de la Colombe comme le feu de l'enfer aimante le geste fou du lanceur de bombes !

Ô dis-nous terre d'Europe prise de remords et surprise par tant de chaos où vont tous ces enfants noyés dans ces eaux-mères où fût levée la gloire des religions et des mythes dans le clair-obscur de leurs cieux
Ô ces eaux-mères où furent tant de menées obscures sous les sceaux de la foi, où furent hissées tant de bannières et de voiles guerrières !

Ils voient un film tragique sur le double fond bleu du ciel et de la mer, où songent les noyés avec un dernier vert de Libye au fond des yeux,
Et l'Europe qui se couche et se renie sous la fureur des Erynnies
Ils voient les secours des garde-côtes italiens et l'Europe à son déni où revient le bubon d'un mal très ancien
Mais qui donc murmure derrière le rideau de cette scène tragique un pacte avec le crime,
Enfants disparus d'Izieu, noyés de Lampedusa qui n'entend votre cri de martyr retentir éternellement dans la nuit ?



                                                          XI


Ils voient un film tragique entre le noir et le blanc, et ces cris de nénies sont les derniers cris d'amour de ceux qui ferment  à jamais leurs yeux
Les cris des pères et des mères qui vont se noyer avec leur enfant, se noyer ô sombre adieu, avec un dernier vert de Libye au fond des yeux !

Est-ce cela que tu voulais, Europe que je peignais au vert de l'espérance et qui s'est reniée sous la fureur des Erynnies ?
Vois encore l’œil glauque du noyé loucher encore vers le mirage de Lampedusa où il croit voir en ce miroir d'eaux noires,  rire la lampe du passeur qui le médusa

Il voit les deux rivages de la mer se ressembler pour former un seul Eden
Or les nuées qui assombrissent le ciel de l'espoir font office de parasélène et ce n'est plus un soleil d'Eldorado qui se reflète sur sa peau d'ébène mais les rayons de feu de l'enfer sur la terre et le flot de haine dont on l'abusa
Oh paix à l'âme liée sur cet esquif par les cordes d'un chant de sirènes !

Ô Europe, Toi que j'ai peinte aux couleurs de l'espoir, Toi que j'ai ceinte de la couronne aux douze étoiles brillantes dans mes songes en l'honneur de ta gloire
Qu'as-tu fait de ta chance, au sortir du tombeau après tes guerres fratricides 
Quand voulant échapper au tombeau de ces guerres où plongèrent les Atrides, tu côtoyais sans cesse le malheur,
Comme ce soir sous l'oraison silencieuse d'un ange, comme à cette heure nimbée d'effroi où dans ces eaux apatrides un vaisseau va sombrer avec sa cargaison d'âmes tragiques et sans voix !


                                                          XII


 VII La quête d'Isis-Sophia : Pour Leconte de Lisle et La Muse


Ô suis-je l'Absence enceinte de la présence et sa face sainte veillant à la proue d'un vaisseau de nuit où rêvent les amphores du génie métaphorique
Et ce pur naissain de visions au seuil de nouveaux mystères orphiques ?
Suis-je fille des mystères d' Eleusis sous la diaphane parure d'Isis-Sophia, la source lointaine des Védas ou bien l'écho des filles hautaines de l' Edda
Ô vision fauve et d'aube divine où l'Aède songea aux fovéas de nos dévas, suis-je ode pure et écho d'outre-monde, cette eau-vive dont la Rose rêva?

Proue du vaisseau où rêvent les amphores du génie métaphorique
Suis-je ce pur naissain de visions au sein de nouveaux mystères orphiques ?
Ô lumière d'or en ce chœur euphorique, qu'il neige, qu'il neige des roses de feu, neige galactique qu'un Ange change en hymnes chromatiques
Et sur l'arroi royal de la comète au rêve nivéal passe ce charroi poudreux d'images primordiales tiré par les chevaux fougueux de la foudre divine !

Fable maîtresse, matrice féconde, ineffable Matière, je suis aussi, l'Alma Mater, la source inépuisable de ton vers
Et dans la nuit du monde, je suis le fleuve du silence où coulent les flots de la parole et l'ondée de larmes où resplendit l'arbre de l'Amour fleuri d'oracles !
Voilier d'augures veillé par des ailes de colombes, voilier de foudre où sur le vélin de ses voiles transies d'orages, surgit avec son peuple de présages ce regard de feu jailli de la profonde nuit


                                                        
                                                    XIII


Je suis la Beauté qui fulgure et s'évanouit à l'heure où le voilier de neige de la nuit fond l'écume des ses songes aux feux du poème levé parmi les sons d'une aube inouïe !

Ô me souviendrais-je encore de ce voilier très pur et par son hublot de neige, n'aurais-je pas vu s'ouvrir la fenêtre de ce ciel que j'ai connu avant de naître
N'aurais-je pas vu alors, de cet œil de neige pure qui s'ouvre au seuil de la mort
Surgir hors de sa gangue mythique, la déesse Ganga adombrée d'ange védique
Et sur les eaux sombres du Gange chanter la face sainte et la louange d'une Inde plus antique ?
Ô lumière d'or en ce chœur euphorique, qu'il neige, qu'il neige des roses de feu, neige galactique qu'un ange change en hymnes chromatiques !

Songe d'Isis-Sophia, source des mystères d' Eleusis et Mère des filles hautaines de l' Edda, est-ce Toi qui me veillât aux cieux et révèle au miroir cristallin de tes yeux
La gloire de l'Aède divin qui m'aida à voir dans l'éther sonore danser le Verbe des Védas !

          

                                                     XIV


                    Voile de l'Enfance aux pagaies de lys

Nous avons vu passer la voile de l'Enfance et nos vaisseaux glissaient sous ses pagaies de lys
Nous avons vu brûler la barque des visions brumeuses  au front des Pythonisses
Et entendu sur les autels fumeux du sacrifice le cri des Furies en quête de supplices
Puis se hisser sur l'océan du cœur comme à nos tempes très pures  la gloire de l'enfance aux palais d'ivoire
Et sur une anse oubliée de mer voler comme des feuilles d'or et vêtus d'aube lustrale ces oiseaux de feu, phénix ressuscités des cendres de l'Histoire qui voguaient par une nuit d'onyx vers un pays de haute mémoire !

Nous avons vu passer sur les eaux noires du Styx , les ombres des Pythies complices et sous la voûte fatale où s'augure la souffrance
Un fleuve de sang couler sous l'azur où rêvait encore l'Espérance,
Et la violence fille de Nemesis divaguer en terre d'outre France sur les sagaies outrées de la Justice
Puis lovés dans la clémence d'une voile blanche voguer l'Enfance aux pagaies de lys !


                                                  XV

                            Nuestro Cantar es un Altar

Nuestro cantar es un altar donde van a rezar, donde van a llorar los dioses asombrosos y las sombras de los muertos !
Amarga noche del crimen que se acaben los gritos hundidos en el eterno Amen, que se cayen los gritos sangrientos desvanecidos en el Amen luminoso del Amor !
Nuestro cantar es un llamar en la noche vislumbrada de las almas inocentes nevadas por cometa barbudo
Nuestro cantar es un llamar a los suenos de un dios solar que iba cantando por estrellas y andando sobre el Mar !

Nuestro cantar atraviesa la noche brillante de las almas inocentes llevadas por relampagos altivos a orillas de albas desconocidas, Llevadas, almas inocentes por alas lucientes de palomas !
Nuestro cantar es un amor mas altivo, es alivio de dolor alado y imantado por el mover invisible de estrellas donde boga la cuna de sonidos inauditos y mecidos por aquel verbo de puro Amor !

Bajo la cruz nemorosa donde fue clavada el alma del mundo, tras
cada uno de nuestros pasos de martirios enflorecen rosas y lirios  para un cantar lirico,
Mientras huele un perfume de rosa sangrienta regada por eternas lagrimas amorosas !

7 de Enero 2018 – Epifania de un cantar de Amor

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Copyright : Editions du Petit Véhicule et Georges de Rivas.


                                                   

 

 

Poème de Georges de Rivas, dit par Silvaine Arabo