Antoine Boisseau

Le regard absolu, Antoine Boisseau

Editions Alcyone, Collection Surya

ISBN : 978-2-37405-026-3

Les textes sont accompagnés de la reproduction d'un croquis en noir et blanc de Jean Robinet.

Né à Angers en 1954, Antoine Boisseau a enseigné en tant que professeur des écoles dans différents villages de l’Anjou – et eu le privilège, durant la majeure partie de sa carrière, d’amener à la lecture les enfants du cours préparatoire.
Aux parutions dans les revues ont succédé les publications de livres ou livrets de poésie, sept à ce jour.
Il est par ailleurs membre de « L’Oeil ouvert », une association d’artistes qui crée des expositions convoquant paysages ou questions sociales au moyen de la cartographie d’art, de la photographie et du texte poétique. Cette association a en outre ouvert des collaborations avec une calligraphe et une céramiste.
Les arts visuels ont pour lors une importance grandissante dans sa production d’écriture. Leur « silence renforcé », comme le dit Jean-Christophe Bailly à propos de la peinture, constitue bien selon Antoine Boisseau ce « défi pour le langage » qu’il évoque également. Ils sont pour lui une source renouvelée d’étonnement et d’admiration, de questionnement du monde.
Il a, dit-il, “toujours eu le désir des mots sur la page ; la poésie est devenue ma distance d’écriture depuis les années 90”.

- Publications :
  Trémières, Le phare du Cousseix, à paraître
  Des carreaux rouges sur la nappe, Approches Editions, 2015
  La part vive, N&B, 2009
  Villégiature du songe et du désir, Jacques André Editeur, 2009
  L’éden ordinaire, Donner à Voir, 2004
 Corps de Loire, Editions Livre mémoires, 2003 (livre d’artiste, photographies de José Saudubois)
  L’intime conviction, Cheminements, 2000
  L’arpenteur de Loire, Encres vives, 1999
- Parutions dans les revues : Arpa, Décharge, Ici & Là, Lieux d’Etre, N47,    Poésie/première, Voix d’encre.                        
- Textes d’exposition au sein du groupe L’Oeil Ouvert.


TEXTES

Le regard absolu tente d'évoquer l'atmosphère des toiles de différents peintres par le biais du rythme et de l'image poétiques (Cézanne, Vlamnick, Bonnard, Hopper, Rothko, Matisse et Klein). Nous reproduisons ici des extraits des sections Cézanne et Vlaminck.

 

CÉZANNE
La Montagne Sainte-Victoire

Elle tient ce qu’elle annonce
extraire les lignes
assembler les formes

Comblé dans sa charge
ton regard accède à ce qui dure
à ce qui le fonde

    **


Parmi les accents de terre brune
et les degrés du feuillage
le blanc

allègement pour monter
pour aller suspendre les verts au ciel
comme si du bas
tout devait s’y hausser


        **


Le regard inachevé

si près parfois
de l’accomplissement

et qui de nouveau
s’éprouvant
se retente
fût-ce pour une toile crevée


      **


La montagne devant toi
qui lit le ciel sans ciller
braquée dans le jour
debout sur la lumière
droite dans les heures
avant que celles-ci ne penchent
vers la pénombre
et que tu retournes à tes arrangements
ton retrait dans le nocturne
ton égarement dans le sommeil
tandis que là-bas sa grande échine
se heurte aux souffles noirs
se frotte aux bouches d’aube


      **

VLAMINCK
Paysages

Appuyer là
où l’on dit que ça fait mal
que ça ne fait pas bien
  là où la peinture va trop loin
indispose
dépasse la mesure


   **


Faire place
Jouer tous les coups de la couleur
Redonner du punch à la peinture


   **


Libre à l’ardeur
de s’octroyer l’espace
de divulguer le ciel
de plaquer sur les troncs
des écorces impossibles


      **


Corps du tronc
c’en est bien la surrection
la violence quand on passe
qu’on traverse le même air
s’écarquillant du même regard

corps extrême du tronc
avec sa circulation
son flux par-dessus l’écorce


     **


La forge de la peinture
son fer au feu
sa liesse rouge dans la rue de Marly



la fascination qui nous tient là
                                    face à l’embrasement                                         
dans le souffle brûlant du carrefour
Extraits de Le regard absolu d’Antoine Boisseau
(Sections Cézanne et Vlaminck)
Copyright Editions Alcyone

 

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regard absolu").

 

Chronique de Claire-Neige Jaunet parue sur le site de Mobilis

Dans son dernier recueil Le regard absolu, le poète angevin Antoine Boisseau explore l'émotion qu'il ressent devant des œuvres picturales. Il recrée en quelques poèmes sept univers d'artistes, mettant en mots ce que d'autres ont mis en images. De Cézanne il célèbre le peintre de la montagne Sainte-Victoire dont le regard saisit les lignes et les formes et va de la lumière à la pénombre, dans une quête toujours "inachevée" mais "si près (...) de l'accomplissement". Le motif est le miroir d'une tension intérieure et la touche se met au service d'une "pensée ascendante". La peinture de Vlaminck, elle, "dépasse la mesure". Ses paysages cherchent à "jouer tous les coups de la couleur" et suggèrent "l'embrasement", son art s'apparente à  une "forge" qui maîtrise une "force ramassée". Ici, chaque coup de brosse est une "décharge" d'énergie.
En revanche, l'art de peindre à la perfection une femme nue appartient à Bonnard. Avec lui, la nudité "habille"... Le corps accueille la lumière, se "soustrait au temps", et entre en profonde harmonie avec l'intimité des intérieurs où s'inscrivent les gestes et les poses. Tandis qu'Hopper nous offre "des femmes silencieuses" que le poète fait parler: la solitaire dans son compartiment, penchée sur son livre, ou bien la femme exposée au regard des hommes, ou celle offerte à "l'intimité du soleil"...
Rothko quant à lui nous fait entrer dans une symphonie de couleurs, celles du spectre primordial (le jaune, le bleu, le rouge...) mais aussi celles revisitées par l'imaginaire: "une prescription d'aurore", des "pauses solaires", "la résistance du noir"... Des couleurs avec lesquelles le poète "fait corps".
Et c'est encore la couleur avec les "intérieurs rouges" de Matisse:  couleur "invasive", parfois réduite à une "empreinte", une "traîne", une "rémanence", parfois "forte réverbération"; omniprésente jusqu'à en devenir "comme une  injonction". Couleur du désir, couleur de la fièvre... Son antidote serait l'univers de Klein, "Monochrome IKB3", où règne le bleu, "matrice" créatrice de songes. Qu'il soit "d'huile" ou "de houle", "céleste" ou "fulgurant",  le bleu emporte "hors du corps", dans une immensité extérieure ou intérieure où tout peut surgir.
Ces sept artistes ne sont pas rassemblés par le hasard, ils s'appellent l'un l'autre par ce qu'ils éveillent au plus profond de l'âme du poète, dont les mots viennent ouvrir de nouvelles portes d'accès aux œuvres picturales. Mais surtout ils viennent relier deux champs émotionnels, et sceller leur complémentarité: la contemplation visuelle, et la densité de la parole poétique. 

Le regard absolu, Antoine Boisseau

Prix global en euros : 20,00€ (+ port /emballage : 4,00€)

Poèmes d'Antoine Boisseau dits par Silvaine Arabo

Antoine Boisseau

Quelque chose en nous de Philippe Jaccottet, d'Antoine Boisseau.

Editions Alcyone, Collection Surya.

Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une oeuvre d'Emmanuelle Tenailleau : "À l'aube", aquarelle et crayon graphite.

Antoine Boisseau a terminé une carrière d’enseignant en école primaire. À ce jour et à compter de 1999, il a publié une dizaine de recueils de poèmes. Parmi ses dernières publications : Trémières, Editions Le Phare du Cousseix, 2019 ; Le regard absolu, Editions Alcyone, 2017 ; Des carreaux rouges sur la nappe, Approches Editions, 2015 ; La part vive, Editions N&B, 2009.

 *

Je suis du nombre de ceux pour lesquels Philippe Jaccottet est une référence. Ce livre constitue une manière de promenade, de l’automne à l’été, en sa compagnie, lui l’arpenteur des campagnes. J’y fais état de rencontres et de sentiments partagés.

Dans ces pages où, comme il aimait à le faire, proses et poèmes se conjuguent, je retourne à des sources communes.

Antoine Boisseau

 

TEXTES

 

Avec vous quand l’aube dément la nuit. Quand un merle s’immerge dans son chant et que j’interromps ma marche. Quand un arbre s’ébroue dans la lumière.

Avec vous sur les chemins ourlés de senteurs, au long de pâtures silencieuses ou de prairies émoustillées.

Convenant comme vous de la fragilité de tout cela, des détournements de nos regards, et de ce territoire que les mots tentent d’établir.

Je vous emboîte le pas sur ces sentiers. En vérité, depuis longtemps j’avance de loin derrière vous, dans la résonance de vos ouvrages.

*

Et voici que le soir se referme une fois de plus (...). Je me sens le devoir de le noter. Comme le scribe faisait les comptes de la journée du commerçant. (Notes du ravin)

Vous êtes arpenteur, batteur de campagne, mais avant tout scribe, rapporteur. L’oiseau ou la montagne, la fleur ou la teneur du ciel : que rien ne se perde de ce qui a prévalu.

Cette impression de notations : parenthèses et retours, reprises, précisions et rajouts.

Dans plusieurs de vos livres, passage de la prose au vers, brèves nombreuses où s’approche le poème, où les mots pour le rejoindre quittent leur ligne.

*

Et néanmoins... Ouvrage auquel j’ai coutume de revenir.

Son titre et son propos constituent à mes yeux un programme pour la poésie, un ressort pour l’existence: contenir nos afflictions, car la vie pousse cependant, menacée mais éclose – livre de fleurs –, frêle mais chantante – recueil d’oiseaux. Autant de raisons pour des mots d’espérance.

Il nous faut adorer le monde dans sa figure mortelle, ainsi que nous y conviait La promenade sous les arbres. Alors parions sur l’adoration et reprenons les pages de Et néanmoins, où l’on s’enquiert premièrement d’une lumière pour levier, face aux morts et aux dalles ; où l’on termine sur un chant, celui du rossignol.

Vision du martin-pêcheur qui a flambé dans les saules : Et si quelque chose comme cela suffisait pour sortir de la tombe avant même d’y avoir été couché ?

*

Ils semblent, les corbeaux de novembre, survenir d’un froncement du ciel, de l’ourlet défait d’un nuage. Fusains issus des nuées, traçant dans l’air un chant navré.

Fracs noirs sur les labours, arpentant le sillon,

Ils traversent les pluies, ils hantent la saison.

Avec la rime on se souvient, à l’école primaire, du rituel des récitations. Emile Verhaeren, Théophile Gautier ou Apollinaire. Le corbeau croisait souvent le vers à l’hémistiche. Il avait dès notre enfance acquis par la poésie ses lettres de noblesse. Distinction dont il fait montre désormais dans les champs, port fier et allure compassée de celui qui connaît sa valeur, son rang dans la littérature.

*

Ouvrir à sa page le tableau de Friedrich : L’arbre aux corbeaux. Les branches elles-mêmes paraissent y coasser de désespoir.

Je ne vous retrouve pas dans ce paysage du tourment – non plus dans la superbe du Voyageur au-dessus de la mer de nuages. Toutefois, feuilletant, je remarque quelques autres tableaux de ces années-là, moins connus mais proches de votre univers. Le matin, Le soir, puis Le midi et L’après-midi.

Des ciels changeants par-dessus le bouquet des arbres. Série picturale à la fois enlevée et paisible.

Tableau de 1820, même période : Nuages passant. Ceux-là se déchirent, courent au-devant, s’amassent plus loin au creux d’une vallée.

Je relis de vous Nuages, dans sa parution de chez Fata Morgana. Sans doute Friedrich a-t-il éprouvé ces sentiments : intensité, force de réalité. L’expérience profonde d’un ciel au cœur de son impermanence.

*
Alexandre Hollan

N’avoir de cesse avec l’arbre Être fouillé de ses branches cerveau d’arbre
 synapses de ses branches

En dégager le dicible

de l’obscur à l’exprimable
 depuis le cœur vers l’élancement

Avancer vers la pensée fine l’ultime rameau de la couronne *

Au-dehors, la méditation de l’hiver.

La terre fait relâche, rentrée, alentie, apaisée de ses pulsions, éloignée de celles à venir.

Autour de moi l’immensité visible du recueillement, de la déposition.
 Les arbres se retirent en leurs branches, les haies se laissent descendre, l’herbe s’assourdit. Les champs retournés s’absentent en eux-mêmes.

Sur tout cela, le chant suspensif d’un corbeau.

Regagnant ma demeure, je tente de conserver, contre tout éparpillement, l’esprit de la saison.

*

Je n’ai pas comme vous pour mon regard la stature du Ventoux. Le mien est en revanche souvent traversé par la Loire, dont je peux connaître tous les états.


Question de lumière différente : celle qui, à mes pieds, étend la moire d’un tissu, ou celle qui pour vous habille la hauteur, descend sous le ciel.

La Loire déroule une large coupe au long des campagnes et des rangs de vignes.

L’hiver, c’est un velours ample, épais, sombre mais côtelé d’or, parcouru de reflets. L’été, c’est un coton léger, ajouré, dentelé, diapré de soleil, plissé de rayons.

Loire ou Ventoux, étoffes pour nos songes.

Antoine Boisseau, extraits de :

Quelque chose en nous de Philipe Jaccottet

© Editions Alcyone (Collection Surya)

 

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Antoine Boisseau

Quelque chose en nous de Philippe Jaccottet

17,00€ + forfait port/emballage 04,00€