Michel Diaz

Lignes de crête, de Michel Diaz.

Editions Alcyone (collection Surya)

ISBN : 978-2-37405-056-0

Michel Diaz, né en Algérie, vit à Tours où il a enseigné la littérature et l'art dramatique jusqu'en 2008. Spécialiste de l'œuvre d'Arthur Adamov, il lui a consacré une thèse de doctorat où il étudie ce qui en constitue la radicale singularité. Attiré très tôt par la poésie, il a surtout, d'abord, écrit pour le théâtre une douzaine de pièces dont quelques-unes ont été publiées (P.-J Oswald, J.-M. Place), représentées ou diffusées à la radio sur France-Culture.
Il est aussi l'auteur, chez différents éditeurs (P.-J. Oswald, J. Hesse, Chr. Pirot, L'Ours Blanc, Cénomane, Musimot, N & B, L'Amourier), de cinq recueils de nouvelles, d'une dizaine de livres d'art (poèmes et proses poétiques) en collaboration avec des artistes, peintres ou photographes, et de plusieurs ouvrages de poésie. Il a également contribué à de nombreux livres d'artistes à édition limitée et à la réalisation de "livres pauvres", à destination de médiathèques, musées, ou collections privées.

Lignes de crête, fragments d'errance, livre nourri des rêveries, méditations et réflexions suscitées par la marche, s'articule en quatre parties successivement adressées à Walter Benjamin, Friedrich Hölderlin, Claude Cahun et Alejandra Pizarnik. Deux femmes, deux hommes. Quatre figures de penseur, artiste et poètes, dont le parcours de la pensée, la vie sans concessions et le destin tragique, dessinent des figures d'une intense humanité. C'est porteur de cet héritage irradiant ses forces obscures et lourd d'ombres incandescentes que l'auteur de ce livre chemine, en bordure de failles, en suivant, sur la sente des jours noueux, le tracé incertain et mouvant de ses propres lignes de crête, mais les yeux posés sur un horizon qui ouvre, là-bas, vers demain, sa lumière toujours espérée, ses clartés parfois reconquises dans un élan inassouvi d'acquiescement au monde.

Vous pouvez écouter des poèmes de Michel Diaz en cliquant sur la flèche du fichier MP3, tout en bas de page, après la recension de Marie-Claude San Juan sur Lignes de crête.

 

 

TEXTES

Préambule

Pays enveloppé de silence, de nuages et de bleu, recouvert d'une brume légère ou d'un voile, celui de la patiente réticence à s'offrir à qui ne le mérite pas.
Un oiseau déchiré par le vent tombe dans l'herbe haute, pousse un cri échappé à la nuit, qui a gardé un peu de givre et de chaux vive.
Monte un chant de dessous les pierres, apporté par le même vent, une voix inaudible mais qui, parfois, peut faire peur sous la machinerie colossale du ciel.

Et devant, ces chemins qui s'enfoncent dans la montagne, se perdent à travers les sapins et les hêtres, parmi les buissons de gentiane et de genévriers, sinuent sur les lignes de crête, s'égarent sur l'infinitude des hauts plateaux où l'on perçoit l'écho lointain, déformé par le temps, du sauvage et du primitif.
Aussi, quand les semelles foulent les cailloux, dérangent leur silence, on entend le son sourd, mat et puissant, cette respiration comme animale, de la solitude saturée de présence, que l'on cherche à traduire, non par les mots de la parole, mais par une manière de musique, par un rythme intérieur, un obscur battement, comme une cadence du sang, qui est ce qui respire tout autour et nous réaccorde au vivant.
Comme si, passant à travers un rideau, sans même s'en apercevoir, on entrait dans un autre monde. Celui de ce réel dont nous avons perdu l'usage.
Mais c'est aussi une avancée, sans césure, dans l'écoute du monde invisible où s'enracinent nos pensées les plus archaïques et dont nous recherchons toujours la clé:

**


feu de joie

il n'y a que l'errance
qui soit son début et sa fin
sur ce peu de terre habitable

où la mort est toujours plus vaste
les sables du désert plus proches
plus nombreux ces vents de folie
de poussière et de sel
qui défient le soleil
cette bouche d'enfer

il n'y a d'horizon
pour les yeux faméliques
dans le jour aveuglant et torride
que ces mirages secourables
au sang usé des illusions
et la vieille et vaine souffrance
de l'humaine calamité

alors aller
marcher en claudiquant
dans la conjonction suffocante
des astres et le noir de fumée

– sur le bûcher des certitudes
nous n'avons plus au cœur
qu'un sombre feu de joie
et une boussole brisée


passage du col

sur le plus âpre du
versant les nuages s'écorchent
suintent un sang pâle qui s'en va
vers des migrations hasardeuses

le ciel
est un miroir au bleu fêlé
où traîne encore un peu de l'ombre
que les vents de la nuit ont posée sur la terre

là    qui est
sans y être
quelque chose est là
où la respiration se pose
en bordure de l'air
où le cœur attend que la brume
achève de se déchirer

quelque chose qui tourne
à l'angle du silence
avec pour tout bagage
la seule couleur de l'instant

– rapace
qui dérives
milan    les yeux aveuglés d'aube
ignorant le regard de celui qui l'observe
cherchant à quoi se noue
suspendue ainsi dans le vide
la force de sa solitude
son féroce et indépassable héritage

ton plané silencieux
dessine le tracé d'une âme
perpendiculaire à la mienne
guide l'air qui descend et
remonte dans ma poitrine

il n'y a pas de quoi
se sentir misérable
de marcher dans la même blessure
tout au long de sa mort

ici
le jour levé
dans ses exhalaisons terrestres
et son immensité perdue
sur les chemins des pierres
est un baiser léger posé
sur mon épaule

cela suffit
à la très humble mais fervente joie
de se sentir vivant !

ici
au milieu de ce qui est là
après les sueurs de la nuit
apparaît parfois dans les clairs de jour
et n'a jamais de cesse

dans son œuvre de force sourde
et de buisson ardent

Section Walter Benjamin

**

trobador

comme dans le blanc de ses linges
se révèle une absence accueillante
le passage d'une ombre que rien
ne laissait annoncer

parole est celle qui se cherche
dans l'émergence de son souffle
et son jaillissement de la source
au silence

un silence qui vibre
comme écho du destin
qui prend appui sur ce que l'ombre
cèle de possible clarté

un silence qui vient chercher
dans le remuement de la langue
ce qui livre et délivre
et que la parole ne savait pas
mais qui se disant la dépasse

devenant cet outil qui rêve
découvrant d'elle-même
ce qu'elle dit du monde
se consumant et s'éclairant
tout à la fois dans l'affirmation
de sa seule présence

présence au monde désaxée
dans son refus fragile
de n'être que dans l'évidence
où se tient l'apparence des choses


ardeur

la rose de mélancolie
et le vent des soupirs
ont échangé leur neige

pour attiser ce peu d'éclat
devenu larme ou songe
dans les labyrinthes d'un cœur
qui veillait sur sa lampe d'ombre

moment de l'aube
si belle     écorchée vive
où se déchire le nuage illuminé
par la blessure d'une étoile

comme une rose de rosée
devenue flamme

– à la fin
une fleur inouïe et pure
s'échappe à la pointe de l'être

et tremble

à la fin
quand s'ouvre
la brûlure de l'esprit
jusqu'aux racines

Section Hölderlin

**
le châtaignier déraciné

versant ouest
ce qui vers le maquis bascule
gît cet arbre sabré
par la foudre

tête en avant jeté
dans le torrent des pierres
soulevant dans sa ruine
des éclats d'incendie

ses racines
dressées vers le ciel
sculptées dans le silence
lui sont un immobile poing levé
qui renverse l'ordre d'un monde
réglé sur la balance du soleil

dessus dessous se sont perdus
dans le chaos de la rocaille
invitant le regard    égaré
qu'une lumière noire aveugle
à une désobéissance radicale
née de sa première stupeur

instant de nuit profonde
coulée de lave dans les yeux
où le temps suspendu
par une seule image
doit revenir dans le regard

qui doit apprendre à recouvrer
le temps de sa propagation


arbre avec oiseau

l'arbre tourne
son ombre vers nous
tilleul ou acacia
quand s'affutent nos soifs

sa main levée
sépare les nuages
pour ouvrir un berceau à la pluie

lui sait
couvrir nos corps de feuilles
leur tremblante clarté de vitrail
et déposer une prière
dans les plis de notre sommeil

avec l'oiseau
merle ou mésange
perpétuant les gestes de l'amour
ils peuvent rire de la mort
qui se prend au sérieux

ce pouls inerte
qu'une lame d'agonie balaye
entre la tombée de la nuit
et l'incertain lever du jour

mais c'est sans importance
rien ne persiste dans nos voix
qu'un vent jauni cherche à trancher

que les rêveries du matin
enlacées à quelque parfum
où se retrempe la lumière
qui danse entre nos doigts

Section Claude Cahun

**
à l'orée du silence

source qui cherche son chemin
regard lucide cœur égaré
creusant dans son errance
le lit d'un songe aventureux

source qui cherche son secret
au bord du soleil et des lèvres
à travers l'âpreté des déserts
et l'outre-moi du noir
immense

à l'orée du silence
et du vide    à travers
son pays d'arbres morts
dans un murmure de poussière

où la lumière prendrait corps
pareille à un éclat de rire
aveuglant le regard
et dissipant la soif

clarté
comme un éclair de nuit
qui éclaire soudain    par mégarde
ce qui nous échappait


qu'importe

qu'importe que les heures
viennent et s'en aillent
puisqu'il reste les fleurs et les arbres
qu'il y a de la pluie pour la terre
une rivière pour la source
et des moments pour le silence

une vague toujours pousse une autre
une trille de merle s'éteint
le cri d'une mouette

le temps passe dessus
sans qu'il s'arrête
sans qu'il creuse une ride
ou le sillon d'une blessure
une cicatrice de souvenir

comment mourir quand
on n'est pas sûr d'avoir existé ?
que l'on sait si peu de son nom ?
qu'on est que présumé ?
qu'on est de nulle part ?
d'une colline d'une plaine
du lointain de l'horizon flou
de la menthe du temps ?

il y a tous les siècles
à regarder venir
avec leur part de ciel
avec des nuits glaciales
des nuits chargées de solitude

avec des temps défigurés
des jours taillés en pointe de silex
et des rêves de déchirure
dans les rideaux qui battent aux fenêtres

il y a le chemin
sous le déroulé des nuages
avec ses bandes de clarté
qui traversent une terre blessée
un rire qui défie tous les silences

un visage étonné de tout
qui cherche dans ses yeux écarquillés
ses éclats dansants de soleil
et les lèvres charnues de l'aube

ce dont ton miroir se souvient

Section Alejandra Pizarnik


Extraits de Lignes de crête de Michel Diaz
© Editions Alcyone, 2019.

 

Pour vous procurer cet ouvrage :

envoyez-nous un courriel à l'adresse suivante : editionsalcyone@yahoo.fr

 sans oublier de noter votre adresse postale : nous vous enverrons alors un

Bon de commande.

/ Cet ouvrage est en vente sur www.amazon.fr

/  Vous pourrez commander prochainement ce livre en librairie.

 

Lignes de crête

de Michel Diaz

19,00€ + forfait port et emballage : 4,00€

 

Ci-dessous recension de Marie-Claude San-Juan sur Lignes de crête

Cette recension était prévue, j’apprécie de la relier à mon parcours de la revue Saraswati, où Michel Diaz est présent (note précédente).

 En exergue au préambule, l'auteur a choisi de citer Thérèse d’Avila et Kant, pensées qui traduisent notre faim intérieure, et dans le corps du texte des lignes d’Alain Freixe (extraites de Comme des pas qui s’éloignent). 

 Que dit ce préambule, qu’annonce-t-il ? Un questionnement, une recherche comme en apnée, où l’attention à "la solitude saturée de présence", que révèle la marche, est celle de "l’écoute du monde invisible où s’enracinent nos pensées les plus archaïques et dont nous recherchons toujours la clé". 

On retrouve, relisant ces pages, ce même désir de déchiffrement de l’entre-deux que révèlent les poèmes en prose des saisons : "ce cheminement sur la ligne de partage des eaux" (…) "vers des pierriers d’incertitude au pied desquels peuvent s’ouvrir des trouées de clarté comme des chaos de ténèbres". La démarche est éclairée aussi par la brève postface où l’auteur dit le rôle de la marche dans l’émergence des textes, et celui des "alchimies imprévisibles de la songerie".

 Le livre est divisé en quatre méditations, offertes à Walter Benjamin, Friedrich Hölderlin, Claude Cahun,  et Alejandra Pizarnik. On comprend pourquoi le préambule parle du risque de bascule dans "des chaos de ténèbres", et pourquoi la postface mentionne la "douleur inexprimée".

Terrible marche que celle de Walter Benjamin, ce chemin sans retour (titre du texte), poursuivi par la police allemande, menacé, sans espoir, qui finit par se suicider le 26 septembre 1940, ne voyant aucune issue. 

"s’enfoncer dans sa propre blessure

 inverser le regard   le tourner

  plus profond que soi"

De même, c'est toucher la douleur qu'aborder les années d’Hölderlin proches de la folie, lui qui traça l’injonction superbe qui donne le titre de cette partie, Il faut habiter poétiquement le monde. S’il frôle la nuit de la conscience c’est peut-être pour avoir le courage, en poète, d’interroger le mystère des ténèbres humaines et de tenter les mots qui diront, "seul en sa solitude d’homme et en ses déchirures". 

 Pour aborder... 

"un silence qui vient chercher 

 dans le remuement de la langue

 ce qui livre et délivre

 et que la parole ne savait pas 

  mais qui se disant la dépasse"

Compréhension intime qui fait que Michel Diaz tutoie Hölderlin en ami, en poète sachant ce que l’écriture qui exige rejoint aussi d’ombres douloureuses en soi.

 ‘tu questionnes ce nœud d’angoisse 

  où le sort t’a jeté’

Et pourtant, que ce soit pour Walter Benjamin ou Friedrich Hölderlin, derrière le désespoir la présence de ce qui permet quand même d’entrevoir un autre espace. 

Malgré la mort qui attend Benjamin, on le sait, le dernier texte est titré "comme on ouvre un chemin", et il évoque "une lumière pacifiée", peut-être pas seulement l’illusion d’un espoir avant la mort qui sera le dernier choix, mais la présence de ce qui "libère l’homme de son ombre". 

Et, pour Hölderlin... 

"derrière les yeux 

 ce qui importe est sans visage

 et sans regard"

 (…)

" - à la fin

  une fleur inouïe et pure

 s’échappe à la pointe de l’être"

 Dans le dernier texte dédié à Hölderlin, mélancholia, c’est Hölderlin qui parle : "je suis né dans le corps d’un ange". Mais ange incarné, et privé, amputé, de ses ailes : "Moi, je boite des omoplates". Comme l’albatros de Baudelaire, dont les ailes traînent sur le pont, et qu’un marin "mime, en boitant". Ailes qui symbolisent l’accès au "monde invisible" évoqué par le préambule. "Je" du poète, si fort qu’il est aussi celui de l’auteur du recueil, mais aussi "Je" de tout poète qui serait digne de l’exigence d’’Hölderlin.

Douleur aussi chez Claude Cahun, dans sa soif de liberté. La folie, elle l’a croisée pendant l’enfance, dans celle de sa mère. Mais c’est la guerre qui l’a affaiblie et qui la fera mourir relativement jeune. L’injustice nommée dans le premier texte c’est l’oubli de l’artiste et poète, retrouvée récemment. L’auteur répare l’oubli…

"Il faudra bien un jour, dis-tu" (…)

"que se lèvent ces mots qu’a semés ta parole."

Et, bien sûr, douleur, pour Alejandra Pizarnik, on le sait, suicidée à 36 ans, à sa troisième tentative. Qui peut savoir la source de son désespoir ? Elle est née en Argentine, mais sa famille était venue d’Europe et parlait encore le yiddish (pour elle il y eut surtout l’amour de l’espagnol de l’écriture, cependant). N’est-ce pas pourtant une clé pour comprendre la souffrance de celle qui parle, dans sa correspondance, de ses "vieilles peurs et terreurs", et écrit, dans un poème "Je m’habille de cendres". Une mémoire trans-générationnelle, la trace de l’exil familial, il y a de quoi nourrir un refus du monde réel. Et de quoi renvoyer en soi à "une zone épouvantable, où il n’y a que peur, peur, peur encore" (Journal). Cercle des peurs nées de l’Histoire, le premier texte dédié à Benjamin rejoint peut-être celui qu’habite Pizarnik. 

 La dernière innocence, titre du texte dédié, et titre d’un de ses recueils, fragment emprunté à Rimbaud, Mauvais sang, d’Une saison en enfer. 

Mais Rimbaud poursuit... "La dernière innocence et la dernière timidité. C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons." C’est donc tout cela qu’Alejandra Pizarnik dit, avec ce titre, et que reprend Michel Diaz pour elle. Lui parlant il dit "tu", mais il dit aussi "nous". 

"c’est l’haleine de l’aube

  élivrée de son dernier poids

 venue d’une douleur ancienne

 et des mots qui nous rêvent"

 Son écriture, ou une force mystérieuse en elle, malgré tout.

 "ce n’est rien qu’une force dressée 

 contre toutes les nuits à venir"

 mais si, en soi, elle, "nous"…

 "il est temps de nous souvenir

  qu’en nous veille une inexorable lumière"… 

 alors il y a toujours la menace de la mort, parce que le ciel est "trace d’une plaie muette"

 et les "nuits glaciales" sont

"des nuits chargées de solitude".

 Le dernier texte du recueil, présence au monde, est toujours pour Alejandra Pizarnik, elle dont il lui dit que "La mort est une grande malle en sommeil dans la chambre de ton poème". Mais, de ces mots "sidérés" et "sidérant le regard de celui qui les lit", Michel Diaz demande s’ils peuvent "nous consoler". "Et de quoi ?"

 Paradoxe, que les mots des chagrins et peurs, des solitudes, puissent être consolateurs ? Ou justement est-ce parce que nous retrouvons en nous les mêmes interrogations et qu’on reçoit un baume en lisant qui a affronté ses ombres (comme le fit Rimbaud dans Une saison en enfer, que lut Alejandra Pizarnik). 

 Consolés ? De quoi ? Il répond.

"Peut-être de devoir, face au miroir énigmatique, interroger toujours, sans détourner les yeux, la face sombre du destin."

 et, ajoute-t-il, "de n’avoir pas su assez retenir’ cet intangible espace où s’inscrit ‘la présence du monde et la mémoire de tout ce qui fut".

Ce dernier texte répond aussi aux autres parties du recueil, il peut être lu comme une conclusion du tout. Consolateurs, aussi, les mots de (et sur) Walter Benjamin, Friedrich Hölderlin et Claude Cahun, comme ceux d'Alejandra Pizarnik. Des ombres, des mots pour les dire. Car ce sont aussi "les mots du jeu du vivre et du mourir". Ce que la poésie peut, et ce qu’elle doit (aider à "habiter poétiquement le monde") ce n’est pas mettre du rêve mensonger et de la joliesse sur la réalité, c’est "sans détourner les yeux" écrire la vie, la mort, le destin, le monde tel qu’il est, les douleurs telles qu’elle sont. Même si c’est "en lettres de sable et de vent", comme le fait le monde lui-même, laideur et beauté, ombre et lumière.

Car, je relis encore ceci…

"il est temps de nous souvenir

  qu’en nous veille une inexorable lumière"

Au début de la note précédente, voir aussi ma lecture des poèmes en prose de Michel Diaz (les saisons, Saraswati 16), premières pages de la revue.

 J’ai remarqué, dans les "Coups de cœur" de Silvaine Arabo (in revue Saraswati 16), une recension qui m’intrigue, car elle rejoint un sujet sur lequel j’ai travaillé, pour rendre compte d’un livre de Gabriel Audisio, sur le personnage d’Ulysse (note qui suit). Et que Michel Diaz ait lui aussi consacré un livre à ce mythique méditerranéen m’intéresse particulièrement (je perçois là une porte supplémentaire, essentielle, pour entrer dans sa poésie). Donc, dans Le verger abandonné (éds. Musimot), Michel Diaz fait écrire Ulysse, des lettres pour dire son désir de continuer son errance. Je me demande si l'auteur connaît l’ouvrage de Gabriel Audisio et ce que changera cette lecture (à faire) de ma perception de l’Ulysse d’Audisio. Il me faudra définir le mien… Intéressante confrontation à venir. Mais j’ai trouvé un extrait de la préface de David Le Breton, sur le site de L’Autre livre (association d’éditeurs indépendants, et librairie à deux pas de chez moi…). Dans cette préface je vois des traces qui confortent certaines de mes intuitions (ou hypothèses) au sujet de ce que je pourrai découvrir dans ce livre… Des mots, une citation… 

 Mais je reprends d’abord un passage de la recension de Silvaine Arabo.

"La probabilité, l’espoir d’être, au fond, sur un chemin qui mène quelque part… Il s’agit bien d’une fête spirituelle dont Ulysse prend peu à peu conscience du fond de ses abîmes… même s’il n’aime pas trop à se l’avouer et s’il lui plaît de voiler son hypothétique 'accomplissement' à venir de 'ténèbres'. Une magnifique écriture, comme toujours, chez Michel Diaz." Silvaine Arabo.

 .........

 LIENS

 Lignes de crête, Alcyone, page de l’édition. Présentation, préambule, et quelques poèmes… http://www.editionsalcyone.fr/441615234

 Site de Michel Diaz… https://michel-diaz.com

Poèmes de Michel Diaz, revue Saraswati 16 sur les saisons. Voir le début de la recension. Note précédente… http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2021/04/16/sa...

Le verger abandonné. Livre de Michel Diaz sur Ulysse (qui choisit l’errance). Extrait de la préface de David Le Breton, site de L’Autre livre, pages de l’édition Musimot… Je relève ce qui rejoint mes questionnements et fait, indirectement, le lien avec les thèmes d’Audisio (note du 27-02-21. Gabriel Audisio, l’ancêtre principal, et Gabriel Audisio, ou Ulysse poète, note suivante, datée du 22-03-21).

‘Mais peu à peu, au fil du cheminement, les contours de son monde intérieur s’effacent, et bientôt il ne reste rien de son identité première ni même de ses raisons d’être, sinon un renoncement progressif, une volonté de faire de son exil une errance perpétuelle au bord du monde dans la tentation de n’être plus personne. ‘Le lieu véritable est-il dans l’absence de tout lieu ? Le lieu, justement, de cette inacceptable absence’, nous dit Edmond Jabès. Telle est l’incise du texte de Michel Diaz de laisser dans l’esprit du lecteur un étonnement, un déséquilibre qui en fait tout le prix.’... https://www.lautrelivre.fr/michel-diaz/le-verger-abandonne

Recension © MC San Juan

 

Poèmes de Michel Diaz dits par Silvaine Arabo

Michel Diaz