Jean-Louis Bernard

Nous avons publié un second recueil de Jean-Louis Bernard Cahiers des chemins qui ne mènent pas (voir la section II sous la photographie)

A l'ordre de l'oubli, Jean-Louis Bernard

Editions Alcyone, Collection Surya 

 Cet ouvrage est orné d'une encre.

ISBN : 978-2-37405-009-6

Jean-Louis Bernard est né à Biarritz. Retraité de la fonction publique territoriale, il vit à Grenoble depuis 1975.

" L’oubli est-il une défaillance de la mémoire ou plutôt son allègement, ôtant les scories qui la parasitaient et la rendant en conséquence plus efficiente, aidant ainsi la vie à se construire en liberté ?
On sculpte, on élague, on broie. Jusqu’à parvenir au silex origine. L’oubli permet d’aller à l’essentiel de ce qui dure. C’est un geste vers le Perdu, un geste à réapprendre pour les temps de famine.
Apprendre à oublier nécessite de prendre son temps."

Jean-Louis Bernard

 

TEXTES

Ils ouvrent
le silence de leurs corps
à celui du monde

entre eux glisse
l'envers des signes
et les élytres incendiés des nuits
marbrées de vertiges

eaux brûlantes
noces noires
avec l'éclair

ils ont des gestes d'aromates
pour toucher
la tunique du manque

chercher
par quoi commence
l'oubli

**

Chemins archaïques
où le secret
efface nos empreintes

comme l'eau
en errance blanche
jusqu'au tourbillon
premier

le secret
quelques mots calcinés
sur la route du taire
quelques songes disjoints
arpentant le temps d'être

le secret
seul aux franges
de l'illimité

**

Le vent plaque un accord secret
sur les cordes
des évidences

son nom s'égare
entre désir et feuille

souffle dispersé
sur la paille
en infinie coulée
pérennité de
l'éphémère

accepter que le vent
devienne lieu
vibrant
sous les mots mis en torche
mots d'embrun et d'inquiétude
lissant sa trace
jusqu'à l'oubli

**

Convoqué par les fièvres
l'errant
arpège sa mémoire
sur les encoignures
du chemin

fait autodafé
des ferveurs paniques
et de l'étroite loge des clartés

au creux des sentes
des effluves mouillés
d'ajoncs et
de fatigues

en territoire d'herbe
il est des candeurs
il est des oublis
qui le désaltèrent

marche
ailes aux pieds
sur le tissu confus de vivre
Jean-Louis Bernard,
extrait de À l’ordre de l’oubli

Copyright : Editions Alcyone - Reproduction interdite sur tous supports.


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Parlant de À l’ordre de l’oubli, Claude Luezior écrit :
“Mais au fond, quelle quête du sens l'auteur évoque-t-il dans ce recueil ? Au-delà d'une superbe maîtrise du mot dans ses facettes diamantaires, quelle thèse affleure-t-elle, alors que Le vent plaque ses accords secrets / sur les cordes / des évidences ?
Suivant le titre énigmatique À l'ordre de l'oubli, lequel relie en quelque sorte des gerbes de pensées finalement si peu disparates, il me semble que le poète-philosophe fait l'apologie très pertinente et quasi neuro-psychologique de l'intelligence. En effet, inter legere n'est pas une accumulation quantique d'un disque dur, mais c'est bien l'acte du choisir parmi, dans lequel l'oubli est un rouage essentiel.
Un peu l'équivalent du blanc sur la page, du vide lumineux sur une toile, d'une pause musicale. L'oubli, pièce maîtresse de l'organisation mentale, n'est ici, de nulle manière, une tentacule d'Alzheimer, mais l'outil plus ou moins inconscient d'un choix, d'une démarche active, d'un  processus de décision ; il n'est pas dégénérescence mais se situe très haut dans une hiérarchie du psyché : ciels d'oubli sans lesquels il n'y a ni ordre, ni structure de l'intelligence.
Revenant au creux des sentes (...) en territoire d'herbe (...) le poète précise qu'il est des oublis / qui désaltèrent. Absence habitable, abîme, impossibles réminiscences font donc partie intégrante de ce processus de construction. De manière symbolique, les mots de Jean-Louis BERNARD nous rappellent ainsi qu'apprendre, c'est oublier.
En une note manuscrite, l'auteur nous livre son impression d'avoir rassemblé tous les cailloux poétiques qui composent ma route : absence, attente, silence, lenteur, errance et, bien sûr, veillant sur tout cela, le temps. Celui qui passe, celui qui nous maîtrise et nous apprivoise. Comme si ce temps mythologique était, en creux, frère jumeau de cet oubli que je crois créateur.”

 A l'ordre de l'oubli, Jean-Louis Bernard.

Prix France en euros : 18,00€ (+ port/emballage 4,00€)

Poèmes de Jean-Louis Bernard dits par Silvaine Arabo

Jean-Louis Bernard

CAHIERS DES CHEMINS QUI NE MÈNENT PAS

Jean-Louis Bernard

Editions Alcyone, Collection Surya 

Cet ouvrage est orné d'une encre.

Voir la biographie de JLB dans la première section.

Evoquant son recueil Cahiers des chemins qui ne mènent pas, Jean-Louis Bernard nous dit :
   " “ Marcheur, il n’y a pas de chemin “ a écrit le grand Antonio Machado. Et justement, en espagnol et portugais (langues des premiers découvreurs des Temps Modernes dont les buts initiaux ne furent jamais atteints), “destination” se dit “destino”.
  Les chemins qui ne mènent pas sont monture de l’errance, somme de fragments d’espace et d’éclats de temps, annihilation des frontières devenues promesses d’immensité. On revient en arrière, on se trompe, on rencontre, on abandonne : l’égarement donne à vivre à la saignée de l’instant, en bordure permanente de l’éphémère.
     Les chemins qui ne mènent pas sont les seuls qui nous laissent en proie à la stupeur originelle. Nous perdant en eux, nous entrons en poésie, cette suite de signes permettant de continuer la trace du hasard, cette alternative désirante au monde, quelque chose de l’ordre du lâcher-prise, qui, donnant sans cesse rendez-vous à l’inachevé, reviendrait ainsi à des sources dont nul ne sait la naissance. "

 

TEXTES

 

La traversée de l’arc du temps sera rude m’a dit le nocher. Il ne faudra faire allégeance ni aux promesses qui se tavèlent dans la turbulence des jours, ni à l’étreinte des apparences, pas davantage à la stridence des chemins de feu ou à quelques sagesses paresseuses. Je commençais à regretter l’éphémère des embruns et ces moments incertains où le geste devient voyage. Les horloges se brouillaient, vaisseaux aveugles celés par la permanence d’un cri venu sans doute d’un ciel sans abri qui rejoindrait le gouffre.
Apprendre à raccommoder les heures, à voir passer les jours au tracé des averses, psalmodiait-il. Il suffit d’un geste fouetté de pénombre pour démasquer le présent et attiser la souvenance du nom. Et n’oublie pas : entre l’errance et les semailles, la lenteur.
À l’heure dite, le nocher n’était pas au rendez-vous.

**
Il va falloir nous couvrir de secrets et de sentes pour éviter que la neige ne cautérise trop vivement nos brûlures. Il va falloir ouvrir sur nos corps de poussière des fenêtres fragiles pour déjouer l’ultime subterfuge de l’ouragan. Il va falloir réapprendre le souffle du granit pour que notre barque de pierre puisse voguer sur l’improbable. Il va falloir comprendre que le temps s’ébrèche et que la distance entre l’homme et le galet est écart touchant à l’essence des choses. Il va falloir patienter dans l’épaisseur du silence, là où seule la parole est énigme, parole de sable sans un seul mot qui écope la douleur.

**
Que vouloir lorsqu’on prend une route qui permet de perdre son temps (c’est-à-dire de s’égarer avec lui) ? Route qu’on gravit pour se donner corps et sur laquelle seuls les déserteurs peuvent déterrer leur identité. Ni sextant ni boussole, juste le Rien, l’orient perdu. La nature qui absorbe, le lieu qui immerge.
Voyage dans la geste de l’air et du sang, dans l’épais d’un paysage silence où se calligraphient les hasards, jambes de part et d’autre des méridiennes de solitude. Hypnose sensorielle de lumière et de nuit, de mots et de silences, et de sons en dehors de toute référence.
Poser pied sur la trace qui n’est pas encore. Se perdre dans le jeu des rencontres et des adieux, son reflet en bandoulière, pas celui qu’on cherche mais celui qu’on fuit et qui ne nous fait prendre conscience que de notre propre discordance.
**
Je n’ai pas les mots pour dire le rythme haut de la douleur battant l’amble sur sa frange de braise et de neige. Sur ses boulevards déferle le langage, c’est pourtant comme si le silence pur prenait corps, comme si le vent avait naufragé les rues des villes archaïques et que ne demeurait, entre instant et impermanence, que le vertige nocturne du bannissement.
À nuit close s’effondre la ligne de crête entre verbe et silence. S’égare la marche à travers temps sur la terre aveuglée du poème. Dans la plaine, les échos de ténèbre où gîtent les hommes perdus quémandent à la fois la soif et la sagesse, entre vies de chimères et océans de feu.
Je n’ai pas les mots pour dire l’obscur de la lumière.

**
C’est juste une image que l’on poursuit, un reflet perdu. Un pays orphique où éblouissent les crépuscules, où le temps du septième feu colonise tout espace vacant entre les mots. Paysage vibrant de toutes ses fièvres, y flotte une odeur de lune sur la houle des herbages, console les pluies et les brouillards, lave le vent du fugace ordinaire des jours.
Des femmes ignées y rejoignent, nuit venue, le présent de l’absence, certaines deviennent lucioles. Servantes de l’éclair, leurs regards nus dans la chambre de verre portent plus loin la patience des traces.
Il y a aussi cette amitié du lieu qui nous enseigne l’énigme, quand le bruit de la pluie efface celui des gouttes, et que la neige ce soir a des reflets d’herbe.
Cette image innombrable entre les lignes des silences sera sans doute une erreur incrustée dans la mémoire. S’effaceront peu à peu les infimes contours des mystères, demeurera cette buée têtue où se suspendent quelques sillons arachnéens calligraphiés par de vieux soleils en transe.

**
J’ai oublié le nom de mon premier silence. Il faudrait tisonner les cendres des souvenirs, voir si une braise survit encore. La pluie frapperait les vitres et les attentes, et un songe, noué aux fils de l’absence, soudain se diluerait en pure solitude. Alors, dans la parole vacante, ploieraient quelques épis, peut-être justement ceux qui, au vent du sud, calligraphient les italiques de mon premier silence (dont on dit, mais je suis seul à l’ignorer, qu’il est l’autre nom de la nuit).
Il me reste à en appeler à ces mots en haillons, infidèles souvent, mais toujours à l’écoute, à ces phrases orphelines égarées entre le tain et le miroir. Quand les syllabes et les gouffres se fondront pour faire écho, il sera temps de s’abandonner à ce bruissement si peu audible qu’il dévaste la stridence du monde.
Pour l’instant, je guette l’imminence de l’aube poignante dans la nuit qui prend feu.

**
Jusqu’au seuil de clarté où se partage la stupeur dans la solitude du bleu, elle gravit. Son nom est de fougère, sa voix a une teinte de gravier. Que reviennent, dit-elle, ces heures inachevées à épeler sans hâte, et qu’entre elles la marche soit souffle propre à soulever l’hiver.
À ses yeux longs de prêtresse pointent des rudiments de nuit. Caché dans le plain-champ de l’inquiétude, le silence de son regard pour raviver les ressacs des océans montagnes. Que se lisse, dit-elle, l’attente des femmes de rivages et de ravins, à l’envers des murmures capitonnés et des villes sans genèse.
Fille de neige, elle escalade le jour jusqu’à la première ride du crépuscule. À ses lèvres l’orchidée noire et ce sourire de sel où l’écume médite une embuscade. Que chavire, dit-elle, l’arpège dans le son de l’obscur, pour un embrasement du chant réduisant en cendres les songes de ceux qui s’usent à posséder l’absence.
Jean-Louis Bernard
Extrait de Cahiers des chemins qui ne mènent pas
© Editions Alcyone

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  Cahiers des chemins qui ne mènent pas, Jean-Louis Bernard.

Prix France en euros : 17,00€ (+ port/emballage 4,00€)

 

Ci-dessous : note de lecture de Claude Luezior

Cahiers des chemins qui ne mènent pas

Jean-Louis BERNARD, éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2019

___________

Imaginons Jean-Louis BERNARD en chaman avec son collier d'étoiles et de mots, en druide sur son chêne, serpe à la main, récoltant gui et incantations, imaginons-le en douanier du possible et de l'impossible : celui qui veille à la crête d'un imaginaire où s'étire infiniment et se perd l'ombre du pas sans retour. J'ai oublié le nom de mon premier silence. Il faudrait tisonner les cendres des souvenirs, voir si une braise survit encore.

Errance où se referme la parole telle une fleur dans la nuit, où ploient vertiges et incertitudes. Il me reste à en appeler à ces mots en haillons, infidèles souvent, mais toujours à l'écoute, à ces phrases orphelines, égarées entre le tain et le miroir.

Images concassées telle une brume diamantaire. Magie se diluant dans l'attente. Non pas dans un doute à la Montaigne ou à la Descartes, ou bien dans un doute existentialiste, mais dans le doute du doute.

Impression puissamment poétique, à mi-chemin entre aube et absence, à la charnière des ressacs, impression entêtante que le texte nous guette, nous dépouille, nous regarde, front contre front, en une confrontation onirique.

Mage hors du commun et qui maîtrise, goutte à goutte, verbe à verbe, sa potion toute en métamorphose : Jean-Louis BERNARD griffe la phrase, esquisse l'insaisissable. Surgissent parfois des vers à la verticale, embruns dressés sur la falaise des proses :

Rives de nulle part

auxquelles nous touchons

 après tant

d'improbables voyages

comment vous dire

 

comme si le blanc

montait sur la page

jusqu'à la noyer

de silence.

 Écoutons les échos du grand-prêtre, de celui qui quête l'incertain, exhorte les chimères et grappille les ténèbres. Voix de cendre et de fougère (...) Voix de givre et de brasier (qui) rompt le temps (et) creuse l'oubli, jusqu'au-delà du vertige.

Incantations pour un Plus-Haut, peut-être, mais avant tout, pour une lumière intérieure. Chuchotement cosmique, prière. en quelque sorte.

Offrandes à pleines mains, le voilà qui braconne non seulement la brume et la silice des gouffres, mais aussi quelques visages ici et là pour survivre. Le voilà aussi qui parle de choses éteintes (ou étreintes ?) et des arpèges nacrés de la mémoire.

Imaginons Jean-Louis BERNARD en dresseur de feu dans une pénombre aux ouates ténébreuses (...) Un rai de silence tombe à l'oblique de l'oratoire en ruine. Ni éclat du jour, ni métamorphose nocturne. Ni scintillement, ni coma, mais pleine conscience de l'artiste, dont l'ailleurs est certes invisible mais pour lui, donc pour nous, éminemment palpable.

Images au bord des lèvres ainsi entrouvertes, à la margelle des mots : monde fulgurant du poète.

 Claude Luezior