Rome Deguergue

Appel du large, Rome Deguergue

Editions Alcyone, Collection Surya

ISBN : 978-2-37405-017-1

Les textes sont accompagnés de huit superbes photographies en noir et blanc de Yan Le Flohic.

Après avoir pérégriné durant deux décennies en Europe, Arabie, Iran, aux USA, Rome Deguergue a depuis quelques années regagné l’Aquitaine de son adolescence, afin de se consacrer à l’écriture, à la traduction, et à la création d’Ateliers De Plein Air, Champs de géo-poésie, dispensés à de jeunes publics de par l’Europe et destinés à utiliser des "mots migrateurs" pour s'assurer de la vitalité et de l'avenir du français, capable de dialoguer avec d’autres langues du monde.

Du sommet de la dune du Pyla, la randonneuse géo-poète observe l'océan, et le microscosme des sables qui l'emporte – et avec elle le lecteur, à travers les époques et l'espace. "je suis d’ici & d’autres ailleurs traversiers" : sensible à l'étrange étrangeté du monde, que modifient les temps climatériques, Rome Deguergue va de l'avant, se cherche dans le monde offert au marcheur, nous propose de "réapprendre à voir, en écho diffracté", de redevenir "Souffle, graine, voix échappée à la ronde des lunes, aux grands anneaux du temps d’avant, inachevés et complices de l’avenir en expansion infinie" et de "percevoir, mugissantes les paroles croisées, singulières, lancées d'autres déserts".
La prose poétique, vibrante et rythmée, de l'auteure, fait siennes les leçons d'Hölderlin, de l'exilé de Guernesey, évoque Edouard Glissant, Paul Valéry, Kenneth White... Pour la poète, comme pour eux, "La terre est un mot qui embrasse la terre" – et sa voix prophétique résonne, appel du large, sur "l'horizocéan" que nous dévoilent ses mots, et les belles photos de Patrice Yan le Flohic. Marilyne Bertoncini

Vous pouvez écouter des poèmes de Rome Deguergue en cliquant sur la flèche du fichier MP3 en bas de page.



Dunes encore…

Aux murmures – psaumes du vent.
Chant méditant de grains de sable.
Festons des silences immanents.


Au-delà du rivage

Par longues ins.- & expirations salines,
L'embarcation se perd et se confond
À l'horizocéan de temps insulaires &
De robinsonnades immémoriales.


Océan

De chair et                       d'esprit :
Le seul à abolir            les distances.

Soir d'automne à Andernos

(...)

Enfin, lorsque le soleil a presque disparu et que l’on devine encore les contours de chaque arbre de la forêt, un à un, avec leur cou replié, les hérons cendrés regagnent leur nid.

Dans le ciel incendié par le soleil couchant parmi les étoiles, ils ressemblent à des pointillés, des petits crayons noir & gris.

Et on les entend : ‘krèèik’ ‘krèèik’ à la cime des grands pins.

De mon poste d’observation, je me sens un peu perdue dans un réel étrange et je me demande : qui observe qui ou quoi ?

Les oiseaux m’observent-ils aussi ? Se pourrait-il qu’ils se demandent ce que je fais ici chez eux, en ce soir d’automne à Andernos ?

Les oiseaux de mer et moi, nous habitons la même terre et je ne vois pas de miracle dans ces choses ordinaires, habituelles qui font partie des cycles de la nature.

Et pourtant, je crois ressentir la respiration du ciel & de la terre.

Est-ce pure imagination ?

La terre est un mot qui embrasse la terre.

Gestern

Aujourd’hui, bien d’autres témoins balaient

le front bas des blockhaus : vagues, embruns,

algues, varech et graffitis chassent d’une marée

l’autre le souvenir de nuits de veille, de fausses

nuits de cristal en journées sombres amères.

 

Banc d'Arguin - Arcachon


Soir de dune
                           Illumination
                                                       Aveuglement

À cette heure, mon  voyage aux algues brûlées
parmi les déferlantes s’échappe en fumerolles.

Au bord de l’horizocéan plane l’aile du goéland.

Prime chant – cahiers et rouleaux – flûte de Koma.

Cette nuit la lune répand une bien étrange lueur.
L’air vibre encore de la chaleur de sa propre nature.

Toute la nuit à contempler le ciel : A n d e n k e n
dans la douce absence du murmure des hommes.

Poèmes extraits de Appel du large de Rome Deguergue
      © Editions Alcyone

 

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Note de lecture sur le recueil de Rome Deguergue par Marcella Leopizzi :

Appel du large est composé de trois parties qui entremêlent leurs voix / voies : l’Avant-dire / les poésies / les notes aux textes. Écrits sur beau papier blanc nacré et accompagnés de huit photographies en noir et blanc de Patrice Yan Le Flohic, les textes de ce recueil expriment la passion pour les paysages pluriels : le monde animal, végétal, minéral et cosmique.

Tout au long de cet ouvrage, la parole verbale et iconique exprime des instants d’une immédiateté fulgurante. Le regard profond du je-lyrique voyage entre présent, passé et futur et réveille des sensations propres à faire ressurgir souvenirs et images qui pratiquent une ouverture sur l’in-fini sous le signe de la devise de l’auteure : Ni naître. Ni mourir. Aller…

C’est en ce sens que cet Appel du large deguerguien rappelle L’Appel du large baudelairien contenu dans le poème « Le voyage », inséré dans Les Fleurs du Mal : « Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, / Le cœur gros de rancune et de désirs amers, / Et nous allons, suivant le rythme de la lame, / Berçant notre infini sur le fini des mers. // Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent / Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons, / De leur fatalité jamais ils ne s’écartent, / Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! // Amer savoir, celui qu’on tire du voyage ! / Le monde, monotone et petit, aujourd’hui, / Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image : / Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui ! ».

Ainsi, en réveillant à dessein chez le lecteur le souvenir des vers de Charles Baudelaire, ce très beau et très intéressant recueil suggère que le fait ‘d’être en partance’ et de ‘créer le mouvement’ représente en soi le motif essentiel du ‘voyage’ et relève d’une attitude active, d’une (re)connaissance vis-à-vis de la vie et de ses rythmes.

Du sommet de la dune du Pyla (ou Pilat, dune située en bordure du massif forestier des Landes de Gascogne, sur la côte d’Argent, à l’entrée du bassin d’Arcachon) qui est la plus haute dune d’Europe (110 m), le je-lyrique, dans sa phase contemplative observe l’océan et plonge dans un ailleurs imaginaire. Malgré les inquiétudes, les doutes et les rencontres négatives, ce ‘voyage’ édifie un parcours initiatique libérateur, car la métaphore aquatique, fluviale et océanique apparaît « comme (ré)solution utile à amenuiser, relativiser l’impact du doute et des ruptures de l’existence renaissant à chaque avancée des grandes vagues spatio-temporelles » (p. I de l’Avant-dire).

De par le renvoi au mouvement des marées, (d’équinoxes comprises) il est ici rappelé que tout est flux, mouvance et variation d’amplitude perpétuelle, comme en témoignent l’écriture serpentine ainsi que la disposition des textes sans forme fixe (cf. les divers choix typographiques, le passage de la prose aux vers, les lignes isolées et celles regroupées en paragraphes) proposées par l’auteure. De ce fait, Appel du large invite à ne pas seulement se dissiper (au sens polysémique du terme) au gré des flots, mais à s’ancrer dans la permanence de ce qui est, visible, tangible, dans le but d’embrasser aussi la vraie Vie.
Âme voyageuse, joyau de sensibilité, le je-lyrique de cet ouvrage offre une réflexion sur le sens de la vie, à propos duquel il n’est pas besoin de s’appesantir outre mesure puisque les choses sont ce qu’elles sont :
« Sage et sans âge / Me voici hic & nunc / Assise sous les nuages / Comme eux je passe / Habitant tout l’espace » (p. 29)

et sur l’importance de ne pas oublier le passé afin de vivre l’instant et celui d’après sur l’essence même de l’Art et de la poésie. C’est la raison pour laquelle il pousse à forger son identité sur la singularité de son être et à ne pas :
« laisser échapper la beauté du monde, faite d’instants rayonnants, arrachés à la ronde des lunes » (p. II de l’Avant-dire).

En accord avec l’expression de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski “la beauté sauvera le monde”, Rome Deguergue et Patrice Yan Le Flohic envisagent l’Art comme un instrument d’élévation (vers la spiritualité – au sens large) et d’inclusion (dans le monde) basé sur l’amour et l’ouverture vers l’Autre.

L’Art peut ‘répondre’ aux grandes questions existentielles, par le biais de la proésie (poèmes entre prose et poésie) et du narratoème (poèmes entre poésie et narration), Rome Deguergue invite au voyage, voire aux déambulations intérieures de la mémoire et des émotions, si ce n’est à l’ouverture-acceptation de l’Autre : méditer c’est l’art d’être en relation avec soi-même, aimer c’est l’art d’être avec les autres.

Pour ‘goûter le voyage’, conseille l’auteure dans ce très passionnant ouvrage, il est préférable de vivre en harmonie et de saisir la beauté de la nature et de l’Art pluriel qui introduit « de nouveaux désirs : des pas de danses et des idées picturales » (p. II de l’Avant-dire).

Autrement dit il faut prendre conscience que la vie est toujours « à venir » et qu’il est bon de ne jamais oublier de la vivre au « présent de tous les présents ».

Marcella Leopizzi


 Appel du large, Rome Deguergue

Prix global en euros : 14,00€ (+ port/emballage 4,00€)

Poèmes de Rome Deguergue dits par Silvaine Arabo

Rome Deguergue