Claude Haza

Le flou du monde, Claude Haza (Editions Alcyone, Collection Surya)

ISBN : 978-2-37405-015-7

Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une huile sur toile de Silvaine Arabo

Claude Haza, né à Aspet (Haute-Garonne), vit aujourd’hui à Nice. Après une carrière de psychothérapeute et de responsable de formation dans le domaine de la communication, il consacre désormais son temps à l’écriture. Il a publié plusieurs titres aux Editions Encres Vives (Saisons présentes, 2001; Les îles du vent, 2002; L’instant brut, 2002; L’ombre et la forme, 2002; A ce moment présent en moi, 2004; Ces rencontres qui demeurent, 2004; La petite-côte, 2006), aux Editions Tipaza (entre autres : Frôlements, dessins de Gérard Eppelé, 2005; Le silence là-haut, illustrations de Jani, 2009), aux Editions de l’Atlantique (Les Contours du silence, avec une encre de Silvaine Arabo, 2010 ; Distance intérieure, illustration de J. Cl. Eppelé ; Douceur des reliefs). Il a publié des recueils en 2013, 2014 et 2016 et fait paraître un livre d’artiste La lumière des traces avec des illustrations de Henri Baviera, Editions Peycervier, 2010.
Publications dans les revues : Saraswati, Voix d’encre, Encres Vives, Souffles, La Barbacane.

Sur son recueil Le flou du monde, voici ce que nous dit Chantal Danjou :
" Lorsque Claude Haza écrit dans un recueil récent intitulé FIGURÉ A L'INFINI : "Il faut y mettre de l'élan en abondance", qu'il juxtapose les termes d' "infini" et de "moments", le lecteur peut se demander si LE FLOU DU MONDE n'est pas obtenu grâce à cet élan, à l'écart entre durée et immédiateté, entre confins et limites.  La fluidité du panorama et de ses perspectives comme les mouvements du coeur, les bougés - pour emprunter au vocabulaire photographique -  y concourent en tout cas. De livre en livre, ses recueils témoignent d'une continuité de ton, celle d'une méditation sur le temps et de l'observation des modifications induites à la fois dans le lieu et dans les souvenirs du poète. Quel ajout, quelle reprise changent sa manière de voir ? Qu'est-ce qu'écrire fait au paysage? "Je découvre la vigueur de la forêt éveiller en moi l'idée de tout reprendre au début [...]", note-t-il.

 Depuis notamment LES CONTOURS DU SILENCE,  DISTANCE INTÉRIEURE et  DOUCEUR DES RELIEFS, pour ne citer ici que ces trois ouvrages, publiés aux Editions de l'Atlantique, force est de constater combien l'écriture a jalonné la vie de Claude Haza, combien elle influence son rapport au monde. L'espace et son paysage  ont travaillé son regard et sa capacité à la fois sensible et intellectuelle, non seulement à capter mais à relier, semblable à une longue ligne de crêtes, le proche et le lointain, l'intime et l'extérieur dont ses titres témoignent. Sa naissance en Haute-Garonne y contribue sans doute, la toponymie d'Aspet, son village natal, livrant les sens de "pied de falaise" ou de "lieu abrupt" et les étymologies, attestées ou pas, révélent  des variations de reliefs et sans doute ont-elles initié le questionnement poétique de l'auteur. Le poète, alors, accepte le tremblement et refuse de figer l'image. Serait-il concevable de s'arrimer à un seul point de vue ? Aurait-il été admissible pour le psychotérapeute qu'a aussi été Claude Haza de ne pas aimer les courbes et les failles de l'humain ?
    Lire LE FLOU DU MONDE, c'est justement consentir aux formes mouvantes, admettre un "flou" désiré, vivant, éprouvé et maîtrisé. La sensation, alors, se renouvelle ; l'art se construit sur l'éphémère et la fragilité du paysage. Le narrateur du recueil, posté au "balcon" du monde, passe les frontières  du genre littéraire - monologue, poème, réflexion - du bornage paysager et du sentiment, se tenant bien dans un "bougé", dans les strates sensibles, celles des collines - peut-être les mêmes qu'à Aspet - celles du temps, "me revient -écrit-il - l'image d'un paysage encore plus vulnérable."  Ce qui frappe dans ce nouveau livre, c'est la confrontation du voyage introspectif, immobile, des pas sur le balcon et de l'oeil qui s'évade, plonge, "fouille".  Que le poète note que "par endroit la neige est marquée d'une blancheur plus vive, à côté des rares proéminences d'herbe", l'essentiel est de se rendre compte que tout "aperçu" n'est que provisoire, tout regard solitaire, que toute chambre dans le dos du poète est avant tout "chambre obscure" où par alchimie se réunissent les visons intérieures et "l'horizon [encore] brouillé" ou "le sillage de l'avion". Alors, poursuit plus loin le poète, "pourquoi s'interroge-t-on sur leur rencontre" ? C'est ne pas s'interroger qui aurait empêché de repérer  "tout ce qui reste encore à voir", bel intitulé de la troisième partition de l'ouvrage. "

                                                          Chantal Danjou

 Vous pouvez écouter des poèmes de Claude Haza en cliquant sur la flèche du fichier MP3, en bas de page.

 

Poèmes en prose

 

À l’aplomb de la terrasse, la fumée virevolte et décline vers la ravine. Parmi les bourgeons, sous l’argenté des premières pousses, un merle chante. À l'est ténébreux quelque pluie déconcerte, mais  l’étendue est gracieuse. Surviennent une pointe de tendresse, un réel battement de joie même lié au temps sombre. Une sensation de fête monte lorsque les tiges balancent sur leur massif de verdure et que palpitent les délicats boutons du fuchsia.



* *


Bien sûr que l’on puise trop dans le réservoir de l’univers. Mais du vide qui en résulte, que va-t-on ramener de nouveau ? À tant prospecter on finit par s’y perdre. Y a-t-il un signe inscrit entre les nuages pour nous indiquer telle direction ? Si l’on cesse de tout anéantir, les étoiles n’ont plus rien d’insolite. Il suffit d’avancer le plus loin possible. Avancer comme l’insecte sur son passage défie le pied prêt à l’écraser. Oui, prendre le chemin du bas ou celui du haut pour atteindre le même lieu de lumière, mille fois emprunté, déjà, jusqu’ici. On ne pourra pas dire que l’on s’est trompé par ignorance.

* *


Mouvement convulsif des couleurs naviguant au plus profond du ciel. Elles viennent on ne sait par quel cheminement s’échouer entre pierres et végétaux. Lentement est peu dire tant leur clarté arrive détachée de l’espace. Tout diminue sur l’embrasure de la distance, entre des fragments de nuages. Puis tout reste fixé entre deux feux aux tonalités légères et douces. Quel que soit le lieu, c’est la même pureté fragile qui s’élève aussi en nous entraînant avec elle.


* *


Dès les premières lueurs le soleil plonge dans une parade d’ombre et de lumière. D’où surgit une harmonie de bleus entre clair et obscur. Se continue un cercle ou spirale dans l’abstrait du blanc, telle une forme en mouvement qui va de sa conception jusqu’à sa fin derrière le bois. Une autre succède, suit le même parcours. Alors les yeux cherchent une continuité de lignes englobant des volumes de vide au-delà du seul nuage visible.



* *


Le soir écrase les collines. La lumière rehausse un fragment de ciel. L’ambiance persiste du clair au sombre. Mais que puis-je traduire de l’union entre le jour et l’ombre ? Dans une heure il ne restera qu’un éclat de teinte étouffée par la nuit. Je regarderai mourir les braises du déclin.  J’éprouverai quelque peine ou quelque chose comme une plainte devant un nouvel abandon. Maintenant la masse des arbres se fige. Me revient l’image d’un paysage encore plus vulnérable.

Poèmes extraits de Le flou du monde de Claude Haza
      © Editions Alcyone

 

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Claude Haza

Poèmes extraits de Le flou du monde, de Claude Haza, dits par Silvaine Arabo