Sébastien Minaux

Le fruit des saisons, Sébastien Minaux

Editions Alcyone, Collection Sury

Copyright : Editions Alcyone

ISBN : 978-2-37405-036-2

Les textes sont accompagnés d'une photographie de Sébastien Minaux.

Né en 1975 en Picardie d’une mère italienne et d’un père français, Sébastien Minaux vit et travaille à La Rochelle. Une année de lettres classiques dans une hypokhâgne l’amène à découvrir Sciences-Po Paris qu’il intègre l’année suivante. Après un an d’études et un Mémoire universitaire de sciences politiques à Florence, il se dirige vers le journalisme (presse radiophonique et écrite) avant de choisir la voie de l’enseignement. Il publie au début des années 2000 des nouvelles dans la revue « Brèves » et le recueil « Regards obliques » (éditions Le Bruit des autres) avant de mettre en sommeil son travail d’écriture. Il revient en 2017 à son premier élan, la poésie. Son premier recueil, « Fragments de nuit », est paru aux éditions Encres Vives au printemps 2017. Ses poèmes font régulièrement l’objet de publications en revues (Poésie/Première, Diérèse, A l’Index, N47, Coup de soleil, Littérales, Libelle, etc.).


Dans ce très beau recueil, Sébastien Minaux décline les métamorphoses de la nature à travers les saisons. Un “nous” - à la fois personnel et impersonnel - nous invite à le rejoindre et à partager cette fusion intime dans l’êtreté même des choses.
 Ce “nous” qui a vocation universelle, ce nous-Témoin, est un grand regard qui enregistre de manière factuelle, minutieuse, conscientisée et néanmoins fusionnelle, la nature protéiforme. Ceci à travers une écriture parfaitement maîtrisée, un rythme juste et des images qui s’enchaînent... pour notre plus grand bonheur !

Silvaine Arabo

 

POÈMES

SECTION AUTOMNE (1)


Puis se posa l’automne, l’automne en son tendre isolement, sous le feuillage où perle la lumière en grains. Les mots soumis au vent qui saisit nos poitrines, les strophes de l’été sous nos longs pas foulés... Et il y eut alors, à nos moindres matins, sous l’épais chevet de nos songes, comme une remise de peine, l’odeur fumante d’un café pour draper en douceur le premier chant d’un merle bleu.

 

SECTION AUTOMNE (9)

   Il se produit alors, dans les âmes ventées, l’emmêlement des couleurs de l’automne. Il y a du jeu dans l’algorithme des feuilles, une tribulation, et la forêt a ces façons de peintre qui tempête.

  Et les branches s’éliment, ouvrant la voie à la lumière et cousant un tapis et rouge et brun et or. La roche granitique, martyr des torsions telluriques, réfléchit quelques grains d’argent, comme la feuille de papier que l’on découvre dans la chambre noire.

  Rien n’interdit à ce manège - même la pluie qui s’invite à la fresque - de poursuivre sa course folle. Sa liberté n’est pas assez. Il veut rompre les os de la mathématique du silence. Jusqu’au renversement de l’horizon. Jusqu’à l’épuisement de tout soupçon.

 

SECTION HIVER (2)

Un vent glacé, sous les très hautes sphères, promène alors son voile blanc et dépose les dépouilles du temps sur l’ossature du réel. La neige dilate ses tarses de harfang sur toutes les surfaces, comme un doigt sur la bouche

 réclame le silence. Nous relevons le courrier des morts. Et c’est un chant très doux que l’engourdissement d’une campagne. Sur elle l’oiseau se pose. Le duvet sous la plume en étouffe le bruit.

Alors s’inverse le dessein de l’architecte d’une fleur. Et tel est le paradoxe au fond des prairies sous la neige : l’ambre de l’eau-de-vie vibre précaire dans la gorge, les aiguilles de pin dessinent un semblant d’éternité…

Et les corolles de l’horloge entament grève de leur course.

 

SECTION HIVER (4)

Et la neige, en son grammage léger, retisse sa page blanche, inouïe, sur les vallons et sur les prés. C’est un monde en sursis qui s’offre sans défense, un écran de pudeur qu’il nous dérange d’effleurer, même d’un frôlement de cils. Le sol adoucit sa respiration sous l’écorce extrudée couleur ventre-de-biche. Et dans l’apaisement nacré d’une aube grise, la récréation des souvenirs…

En notes ténues, régulières, quelques traces de pas sur ce poumon d’ivoire, presqu’immobile, et autour des tâches de sang, éparpillées : le renard a chassé, comme une signature au pied d’un testament.

 

SECTION PRINTEMPS (3)

 Sous l’éclosion muette des nuages, tout un monde s’étire aux caresses de l’eau. Le premier souffle de l’averse est un chant doux, presqu’un poème. Comme un brocart aux ramages d’argent qui dilate nos regards et étouffe nos soupirs.

La pluie qui lave les souillures, les eaux lustrales sur les souches pâteuses des grands arbres, font naître aux marges des sentiers les pupilles dentelées du millepertuis.

Et c’est tout un glissement qui s’opère vers le sol. Eau ! Nomade nourricière au prisme du printemps, tu n’élèves pas les fleurs pour mieux les trahir ! Aux ombres pâles du matin tu promets un déploiement plus soyeux. Et les chemins que tu traces sur nos vitres nous invitent à l’introspection, en écho au pur silence des pierres.

 

SECTION PRINTEMPS (5)

Au coeur du bois chaque pas est une effraction sur le seuil de l’indifférence. Ici la vie dévoile, dans la chambre d’avril, l’alphabet inversé de notre extravagance. Et la lumière ambrée que tamisent les cimes offre hommage vibrant au manteau de diamants d’une futaie de trembles.

Les prairies aux joues creusées par l’hiver s’habillent d’une barbe légère dont les brins sont les vrilles à l’aisselle des feuilles. Et c’est un chant léger aux oreilles de celui qui entend.

C’est un égarement aussi, sans brume ni boussole. Passé que recompose le printemps, du parapluie nacré de l’angélique à l’ombre de la belladone.

Lentement, un ruisseau coule nos pas dans son lit, son lit de satin bordé de « peut-être », et nous ramène au lac, presque malgré lui. Nos pelles n’ont pas quitté la lune. Et nous les saisissons pour traduire le miroir argenté des pensées vagabondes.

 

SECTION ÉTÉ (1)

Plus avant, sous les auspices d’un mercure inquiet, d’immenses tournesols expriment leur maintien. Ils s’offrent au soleil jusqu’au dessèchement, dans une attente interminable, un désir inassouvi qui les consume. Quand leur espoir sera déçu, nous cueillerons leurs graines, souvenir presque éteint d’une fleur tubulée. Et sous nos dents, en sourdine, retentira enfin tout l’éclat de leurs coques.

Mais, d’ici là, rien ne presse nos pas sur le trottoir des champs. Le sentier, toujours, nous ramène au lac, par un sous-bois aux nerfs à fleur d’écorce. Nos mains s’attardent sur les lenticelles du sureau. Et nous tentons de lire ce mouvement muet de la peau qui respire.

Sous la voûte d’un chêne, l’horizon devient liquide et la berge s’étoffe d’une mousse tendre. La lumière scintille sur le lac comme les selles d’or du grand large. Et d’une longue sieste nous tirons le trait. Jusqu’à noircir le ciel. Et goûter le délice de la lune qui brise le fil de l’eau, étale ses sels d’argent et imprime sur le lac tous les visages de l’absence.

 

SECTION ÉTÉ (6)

Le champ a revêtu sa peau de fauve. Nos ombres ne sont pas assez. Des mots s’échangent sous couvert d’un arbre. La quête de nectar affole les insectes. Et le sol épousé de nos nuques confie sa sécheresse.

Chaque branche offre aux fruits l’extrémité de tout son être. Nos lèvres rouges de pavot sont suspendues à l’attente d’une chute. Et la victoire est une histoire d’heures : il nous faut dépasser le goût amer de l’impatience.

Sébastien Minaux, extraits de Le fruit des saisons. Copyright : Editions Alcyone

 

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Note de lecture de Jacqueline Saint-Jean sur Le fruit des saisons de Sébastien Minaux :
Un beau « fruit », né de quatre saisons d’immersion dans les infinies métamorphoses de la nature, au cœur d’un lieu secret où la forêt, le lac, les champs et la maison rythment les pas et les mots. Comme « le chant des formes qui sous le regard se transmuent » (Pierre Oster)
Au centre, le lac, le « change » infini des eaux, tour à tour « bain de chrome pour la lune », « océan de clous », « secoué de spasmes » ou de « rictus ». Autour, la forêt , «  prise d’une longue vibration », ou « qui s’étire dans un craquement d’os ».
L’écriture, fine et sensible, poreuse aux souffles du dehors, infusée d’ombre et de lumière, unit  l’attention minutieuse au visible et l’intériorité méditative. Un regard de naturaliste émerveillé, qui sait les noms et les formes, « les lenticelles du sureau » comme « l’inflorescence globuleuse » du trèfle rouge. Qui sait encore les noms de ce que nous voyons ? Tout le corps est en accueil, dans un rapport sensuel au monde. Ici,  l’œil se dilate, écoute la musique de l’espace ; les odeurs nous pénètrent, « notes tanniques entêtantes », « odeur verte des terres de roture ».  Le lieu s’incarne, ainsi : « les prairies aux joues creusées par l’hiver ». Sans occulter la violence  réelle, la curée des vautours « leur cagoule de sang ». Mais la beauté émerge à chaque page. Les mots magnifient les apparitions, et le silure «  affleure à la surface du temps, lissant iconoclaste ses barbillons à la face des dieux ». Le rythme, ample et musical, a des accents de Saint-John Perse pour annoncer le printemps. Un nous à la fois intime et vaste inclut ici le lecteur.
Dans cette relation fusionnelle  nait la méditation, car « la forêt guide nos pensées jusque dans nos racines », nos âmes sont « ventées »,  nous sentons « la lumière tombée en nous », et parfois « un signe incertain dessine la voie d’un ailleurs qu’on désire ».  Dans ce « face à face avec le temps », « … ventre au ciel il vient parfois une sorte d’apaisement ». Car «  entre le feu et le fracas de l’eau se tient le grand registre des absents ». Et soudain «  la face pourpre d’un disparu nous sourit » puis s’efface.
A travers « les psaumes des oiseaux », « les vagues psalmodiées de la pluie », l’alliance intime avec la terre éveille « le germe d’un chant en quête de lumière ». Pollen, graines, semences, égrenées au fil des textes vers la moisson finale, comme dans l’écriture du poème :
«  chaque branche offre aux fruits l’extrémité de tout son être »


Paru dans la revue en ligne Texture de Michel Baglin.

Le fruit des saisons, Sébastien Minaux

Prix global en euros : 15,00€ (+ forfait port et emballage : 4,00€)

Sébastien Minaux