Thierry Radière

APRÈS LA NUIT APRÈS, Thierry Radière.

Editions Alcyone, Collection Surya

Copyright : Editions Alcyone

ISBN : 978-2-37405-044-7

Thierry Radière travaille comme professeur d’anglais à Fontenay-le-Comte, en Vendée. Poète, romancier, novelliste, il est publié dans de nombreuses revues et a plusieurs livres à son actif. Il se considère avant tout comme un auteur d’aventure intérieure, spécialisé dans les récits intimistes et les ambiances de huis-clos. Il tient un blog littéraire, “sans botox ni silicone”, que l’on peut consulter en cliquant sur http://sbns.eklablog.com

Sur son recueil Après la nuit après, Thierry Radière écrit ceci :
Si, selon Cocteau, les rêves sont la littérature du sommeil, ils deviennent vite, au contact de la lumière du jour, des poèmes avides de raconter des histoires. Après la nuit après est une invitation à un voyage intérieur en apnée. Chacun peut l’effectuer à son rythme, en fonction de sa propre respiration et de ses émotions. Ces textes se lisent comme des enchaînements d’images épinglées au centre d’une feuille blanche, tels des papillons sous verre.

 

TEXTES

 

Les vélos ont fini par s’arrêter de tourner ils étaient bruyants avec leurs chaînes non graissées leurs pneus frottant contre les draps il y avait des cheveux partout preuve que la course avait été un peu violente juste ce qu’il faut pour repartir une perruque devant la glace un rouge à lèvres avant le voyage à deux.

 

*

 

Les forces reviennent l’envie d’abattre des forêts entières à la tronçonneuse à pleuvoir des nuits d’étoiles dans la tête du matin et les braises d’hier à l’écoute des petits bruits de ventre la marée est une horloge en manque d’aiguilles les intestins n’ont pas de langue que celle de la lune rentrée à fond la caisse depuis des années sans déclaration d’accident rien de rien qui soit officiel juste un peu là à envahir l’intérieur à se propager partout où il faut du nouveau pour quand il n’y aura plus un mot à dire.

 

*

 

L’odeur de feuilles mortes traverse l’hiver comme un traîneau d’être imaginaire venu se régaler en silence des arbres amorphes aux cimes voyeuses aux troncs sûrs d’eux dans l’attente marron d’une trace de vol laissée par hasard lors du dernier déploiement d’ailes applaudi il y a longtemps ce jour-là nous étions loin d’imaginer qu’en un quart de seconde ces souvenirs  transformeraient le poids de l’attente en évidence bonne à écrire d’un jet.

 

*

 

Les corps tombés ne se relèvent plus de la même manière qu’il y a trente ans quand nous dormions sans nous poser de questions qu’une seule 4 L break transportait vingt passagers tous entassés avant de partir danser dans l’espoir d’être autre chose sous la lumière des spots.

 

*


Comme la chienne n’était pas là tu as cru qu’elle était morte sa niche vide plus de museau ni de poils marron à attendre tes caresses et forcément tu as fait un mauvais rêve mais sans plus tu as parlé du fait qu’elle reviendrait sûrement lors d’un prochain sommeil : les animaux adorent lécher nos nuits sans qu’on ne leur demande rien et tu as raison de le penser ils font aller nos vies là où l’on ne les attendait pas et mieux le soir les yeux fermés par les souvenirs.

*



Une brindille flotte isolée que les enfants regardent dans la mare elle avance ils voudraient poser leurs doigts qu’elle aille où ils n’iront jamais eux la tête hors de l’eau et les idées pas aussi légères le vent dans les cheveux que le flottement du bois n’a pas.


Extraits de Après la nuit après, de Thierry Radière
Editions Alcyone (Collection Surya)
Copyright : Editions Alcyone.

 

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Note de lecture de Muriel Compère-Demarcy sur Après la nuit après, de Thierry Radière :

Les wagons du temps, « Après la nuit après », roulent brinquebalant sur le rail du quotidien avec, des ralentissements ou des courts-circuits dans nos avancées vaille que vaille reconduites, pour ramasser les miettes des jours précédents, prendre chaque nouveau jour on ne sait pas encore « par quel bout » et lorsque l’imagination nous escorte, nous projeter vers un ailleurs, ici, à hauteur des cheminements où nous invite la vie à ses voyages (intérieurs, géographiques, oniriques).

« Nous regardions les miettes tomber de la
nappe les piles usagées là sans énergie que
celle d’attirer le regard de l’inconnu en train
de se demander par quel bout prendre le jour
une fois qu’il s’impose et qu’on voudrait qu’il
file dans une direction où nous conduire
serait rejoindre les artistes déjà à la peinture
dans leurs ateliers à finir par les contours
noirs autour du cœur. »

« Après la nuit après », le monde perd ses repères habituels et sa réécriture se joue dans l’entre-deux des songes et du réel. Nous transformant dans nos limites et contours, nous aussi, devenant dès lors les détecteurs comme « Des fleurs sous la tapisserie » (éd. Le Citron Gare ; 2016), pour reprendre le titre d’un opus de la poète Marlène Tissot que Thierry Radière cite en exergue pour offrir l’argument de son recueil : « Sans doute qu’on a tous / nos sombres petits secrets / pour échapper / à l’étouffante obligation / de devoir être chaque jour / la même personne » (Marlène Tissot, « Nos parcelles de terrain vague »). Entre songes et réel, pas de mensonge mais un vaste pont poétique dont les haubans seraient les cordes sur le tablier d’une lyre. L’atmosphère, étrange et familière, retranscrite par les mots du poète, crée d’elle-même un nouveau phrasé du monde rythmé par des séquences syncopées, à bâtons rompus - juxtaposition de phrases-séquences mises bout à bout, sauts d’associations disparates jointes sur un même fil - où se rassemblent des pièces du puzzle onirique lorsqu’il est à fleur de réveil. Un nouveau phrasé, nouveau langage, dont le sens s’interprète en ouvrant des portes du réel avec les clefs du songe et nous renvoie des miroitements empruntés tour à tour au fabuleux, au fantastique, au merveilleux, à ce qui nous interpelle et nous trouble.
Thierry Radière signe là les Métamorphoses de notre propre monde, qui ont le pouvoir de nous transporter dans un univers puissamment poétique, partie entière, partie intégrante de notre réalité captée par le regard-sonde d’un poète. « En un claquement des doigts » : des mots, un prestidigitateur nous projette dans une réelle autre dimension, télescopant les conjugaisons du temps chronologique, passé, présent, avenir. En convaincant le lecteur, « Après la nuit après », qu’« il faut bien se persuader d’illusions et voir au-delà du réel la vapeur et le large ne former qu’un ».

Muriel Compère-Demarcy

 

Après la nuit après, Thierry Radière

18,00€ (+ forfait port et emballage : 4,00€)

 

Thierry Radière, photo Yvon Kervinio.

Poèmes de Thierry Radière dits par Silvaine Arabo