Anna Jouy

UNE PESÉE DE CIELS, Anna Jouy

Editions Alcyone, Collection Surya

Copyright : Editions Alcyone

ISBN : 978-2-37405-045-4

Anna Jouy est née en 1956 en Suisse romande. Elle y vit et y travaille. Elle dit elle-même de sa pratique littéraire :
" Ecrire comme s'asseoir à nouveau dans  le petit ruisseau de l’enfance et ses algues qui courent vers on ne sait jamais où, avec le même vent de fraîcheur qu'il y avait dans les cheveux. Bon, avec le temps, on se rend compte que toutes les rivières sont plus belles encore sur une mappemonde, oui. Mais c’est là que le mystère commence, la source des épuisants rapides. Ça coule toujours et encore. Ce sont des flots d’encre. 
Etre de la navigation intérieure, continentale en somme. Avec de l'eau de moraines et du glacier apéritif. Je ne désespère pas pourtant des tourbillons futurs pour me rendre suave. "    
Anna Jouy a écrit et fait des mises en scène de spectacles, écrit également des chansons pour quelques musiciens. On lui doit un certain nombre d’ouvrages : romans policiers, poésie ; elle a aussi collaboré à de nombreuses revues de poésie.

 

BIBLIOGRAPHIE


 Polars Ed. La Sarine
- La morte du lac de Pérolles, 2000
- Les Fribourgeois meurent-ils ? 2010
- Qui a tué le grand Codourey ? 2002
 Poésie
- Ciseaux à puits / Polder - Décharge, 2008
- La mort est plus futée qu'une souris / Coll. avec  Alain  Simon, Ed. Le pas de la colombe, 2008
- Au crible de la folie / Ed. de l’Atlantique, 2009
- Ces missiles d'allégresse / Ed. de l’Atlantique, 2011
- Agrès acrobates / Ed. P.I. sage Intérieur, 2013
- De l’acide citronnier de la lune / Editions Alcyone, 2015


TEXTES

 

C'est l'heure de la pesée du ciel. Vingt grammes de moineau pour des tonnes d'averses. Je m'y prends ainsi: dans le noir de mon œil, je mets le leurre d'un rêve. Le ciel appâté entre sous les paupières. Je referme aussitôt, je serre le lacet. Ça me fait deux valises pesantes.
Le reste est affaire de soustractions. Parfois par malice, je ne me déduis pas. Je feinte le nuage. J'appelle ça un jour d'humain, c'est-à-dire de Terre à terre, de ce corps de sable à ce jardin immense.
Vingt grammes de moineau s'échappent quand même...

**

Le matin, nous attendons une musique. On ne sait pas ce qui viendra. Des cloches ou des moteurs. On regarde le ciel pop-corn. On ne sait pas ou alors on aimerait ne pas savoir. On est à la gare. C'est parfois une seule arme blanche qui change la couleur de l'aurore. Je vois un cumulo-boeingus.
Je marche en cercle comme une bielle humaine. Peut-être suis-je à la manivelle du décor? Maintenant le ciel bleuit, la lèvre aussi.
On voit que ça se bat, que c'est une violence de coton contre des forces noires. On imagine un pays de cobalt mais c'est la terre qui monte aux cieux.


**


Mais bien sûr le soleil rejoint la terre, ce baiser des lèvres pincées de l’horizon
Le flux de sang soudain sur les mouchoirs de quelque nuage. Sang ou rouge baiser, je ne sais.
Attendre que le jaune de cire épaisse de l’aube survienne, qu’il durcisse la peau du ciel.
La mort laisse toujours une empreinte.
L’asphyxie de ce trop de lumière qui monte dans les buvards, vieille humeur
virant à l’oxygène.
Maintenant la nuit est bien finie. Le monde rude est là.
Malgré la beauté ou à cause d’elle, je ferme la porte. Il faut choisir.
Offrir à l’air mes propres espaces ou alors me laisser tomber à la fente. Plus les choses sont belles, plus il faudrait s’en tenir loin,
garder sur elles un œil et la bouche, le baiser,
qui est une façon de mordre la terre, ce qui vous illumine et vous élève.


**


De combien d’étoiles ai-je déjà défait ma tente? De combien de pluies ai-je percé les gouttes ?
J’ai l’arithmétique repiquée sous les ongles, une histoire de deuils et de lunules noires.
Quand je vois l’aube défroisser sa paupière, la lumière assainir mon cerveau, quand un ciel me balaie la tête, essore mon nuage, je suis les bras contre mes yeux, épouvantée de toujours perdre.
Alors je me résous en de petites choses, une miette du géranium, la mousse sur le fer. Je vais au poquet, enterrer le bulbe des tulipes de la nuit, une floraison tardive quelque part dans l’oubli.


**


Faux silence. L’air fait un bruit terrible, d’une source qui ne cesse de marmonner. C’est l’arrière-salle de ma tête, emplie d’orgues secrètes. On secoue un drap d’ondes actives et ces vagues de ferraille, de métaux et de béton, résonnent et m’accaparent. Je dois entendre, quelque monde m’interpelle. Je me retire dans ces couloirs de la rumeur, entre vacarme et musique, le sang bavarde.

La transparence se déchaîne. Finalement disparaître de la vue n’est pas forcément s’abstraire dans le silence. Je regarde les arbres sous la violence de l’air; j’écoute le vacarme que font les choses quand l’invisible les agite.


**


Je n'ai pas gardé la profondeur. À peine ai-je sarclé le manque de ciel.
Je vis la bague au doigt, à sentir le pouls d'argent des noces humaines. Les gens ont des corps qui roulent dans ma tête, ils ramassent la neige bonhomme.
Mes mots ne sont que des épis de soufre et je regarde le monde par l'étincelle.
Peut-être je confonds la beauté et l'étonnement joyeux ?
J'aimerais comme vous m'asseoir et respirer par le ventre; j'aimerais le cratère et la grosse cendre.
Mais tout pétille et se dissout et je dis des jours de phosphore.


**


Je n’écoute aucun bateau, le ciel pourrait démâter le bonheur. Ce qui glisse maintenant est un drap, j’aime ce brouillard entre nous qui pose son silence. Je ne sais pas comment tu fais pour marcher sur l’eau. On peut dire qu’il me reste des ronds qui repoussent aux confins des univers. Et à chaque saut, de grands oiseaux me couvrent de galaxies et des colliers de temps.
Je regarde à ma vitre.
Parfois tu viens comme une trompe. Qu’on aurait creusée dans les feuilles souples d’un éventail.
Je regarde à ma vitre.
Parfois tu écris l’émeri du temps. Ton poinçon d’impatience piétinant le parterre.
Et l’eau n’en finit plus de s’en aller.
Je remue le verre, j’essaie de reconfigurer la transparence. Quelque chose de lointain s’avance et je suppose un cavalier et des fous de traverse. Ce n’est que de la pluie qui penche. J’ignore pourquoi devant moi les dieux modulent tant de sons ; je perds ainsi mon innocence, je vis et sans fin, j’éclate et meurs.
Et tandis que se lève la pluie, mon corps, prisonnier cassant du verre, s’effondre.


Extraits de Une pesée de ciels, Anna Jouy


Editions Alcyone (Collection Surya)


Copyright : Editions Alcyone

 

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Une pesée de ciels, Anna Jouy

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Anna Jouy

Poèmes d'Anna Jouy dits par Silvaine Arabo